Deník Marie Bashkirtseff

Hélas ! tout cela va se réduire à mourir dans quelques années, misérablement, en traînant. Je soupçonnais bien un peu que cela finirait ainsi. On ne peut pas vivre avec une tête comme la mienne, je suis comme les enfants qui ont trop d'esprit. Il me fallait trop de choses pour être heureuse et les circonstances se sont groupées de telle façon que je suis privée de tout sauf de bien être physique.
Lorsque [Mots noircis: il y a] deux ou trois ans et même il y a six mois j'allais chez un nouveau médecin pour retrouver ma voix, il me demandait si je n'éprouvais pas tels et tels symptômes et comme je répondais non, il disait à peu près ceci - allons, il n'y a rien aux bronches, ni aux poumons, c'es seulement le larynx. A présent je commence à ressentir toutes ces choses que commençait par supposer le médecin. Donc les bronches et les poumons sont atteints. Oh ! ce n'est encore rien, ou presque rien. Fauvel a ordonné de l'iode et un vésicatoire, naturellement j'ai poussé des cris d'horreur. J'aime mieux me casser un bras que de subir un sinapisme. Il y a trois ans en Allemange un médecin des eaux m'a trouvée je ne sais quoi au poumon droit, sous l'omoplate. J'en ai bien ri. Et encore à Nice, il y [a] cinq, six ans je sentais parfois comme une douleur à cet endroit, seulement j'étais convaincue qu'il allait me pousser une bosse, ayant deux tantes bossues.
Et voilà qu'il y a quelques mois encore on me demandait si je ne sentais rien là et je répondais non sans y songer. A présent quand je tousse ou seulement respire profondément je le sens là à droite dans le dos.
Toutes ces choses ensemble me font croire qu'il y a peut-être quelque chose vraiment... Je mets une sorte d'amour-propre à démontrer que je suis malade mais cela ne me plaît guère. C'est une vilaine mort, très lente, quatre, cinq, dix ans peut-être. Et l'on devient si maigre, si laid.