Mardi 13 juillet 1880
Les Tchoumakoff à diner et puis Soutzo, je le fais danser avec Léonie. Mais je ne l'aime jamais tant que quand nous parlons de Cassagnac. Je dis qu'il m'a fait la cour mais que j'en ai été écœurée le jour où on me l'a offert pour 30.000 francs de rente.
Je me fais faire des robes en masse, je veux faire une saison à Biarritz et ne pas avoir de rivales parmi les jeunes filles. Toutes mes robes C'en emporte quinze ou vingt) sont en laine ou en mousseline ou en batiste blanche, les corsages sont faits de même, ni rubans ni falbalas. Il faut que j'ai l'air à peu près toujours d'avoir la même robe. Ainsi j'en ai trois en serge qui sont presque pareilles. Une à carreaux, une jupe de foulard blanc. Une en foulard blanc, deux en mousseline de laine, une idem à pois, une en batiste garnie de broderies, une en crêpe merveilleux, une en linon avec col et manches de guipure et le reste nu comme du linge; une en canevas, une en mousseline à pois, une en mousseline de soie, une en percaline avec des broderies anglaises. Une en étoffe orientale rayée (toutes blanches). Puis une verte, une noire, une grise, une marron.
Un chapeau de paillasson avec mousseline et plume, un en paille avec mousseline et plume, un en manille à plumes, un vert à plumes, un marron, un en paille à voile blanc, un en paille de riz avec nœud de satin, un en paille à deux sous couvert de roses, un en paille idem avec fichu, un avec gaze et violettes, un à voile et roses, un autre marron, un à voile drapé et une rose, un à nœud de soie et violettes. Un paletot marron, une jaquette noire, un waterproof marron, un cache-poussière gris, un paletot blanc, un paletot gris, un pardessus blanc. Des fichus, des pèlerines etc. etc. Des chaussures... une douzaine je crois, des mules en cuir de Russie, des bottines assorties aux costumes sombres; des bas aussi. Des gants de suède. Cela parait énorme et cela n'est pas. Mettons vingt robes à 300 francs (il y en a de plus chères et de moins chères) 6.000 francs. Puis quinze chapeaux à 100 francs (il y en a de plus et de moins) 1.500 francs, pour 1.000 francs de chaussures et de gants, total avec ombrelles, paletots 9.000 francs ou 9.500 francs.
Mais cela représente des vêtements pour un espace de six mois. Et puis je n'ai pas compté les robes longues, celles que j'ai emmenées sont toutes courtes, pour les eaux, l'été.
En fait de lingeries j'en ai beaucoup moins.
Les petites Audiffret sont à Biarritz, elles sont élégantes, de vraies petites cocodettes. Leur présence me pousse à avoir des coffres bien garnis. Elles ont toutes trois, la mère et les deux filles, 15.000 francs de rente. Avec cela elles reçoivent souvent à dîner, quoique dans un appartement fort petit et sont élégantes, la mère a des toilettes fort chères. Aussi dit-on qu'elle se vend. Avec cela une fausse particule, un mari dont on est séparé, nous savons qui sont les Audiffret, le grand-père était maçon, l'oncle vend du drap à l'heure actuelle. Et elles sont reçues partout.