Deník Marie Bashkirtseff

Que c’est beau le matin, attention, je commence.
J’ai d’abord salué le jour, devant la fenêtre ouverte par les sons harmonieux de la harpe, comme les prêtres d’Apollon et puis mes deux femmes devant le sépulcre. J’ai envie d’aller à Jérusalem et d’y faire ce tableau avec des têtes de là-bas en plein air.
Madame Gaupillat a passé, après nous allons au Bois, ma tante et les deux femmes délaissées. J’ai failli m’endormir dix fois.
Ma tante dîne seule chez Mme Bisailleul comme l’appelle Anitchkoff, nous rentrions quand nous avons rencontré Soutzo qui descendait les Champs-Elysées en voiture avec un autre pékin; allant probablement chez Mme de Lesseps. Les Audiffret sont sans doute aussi invitées à dîner en même temps que Casimir. C’est ennuyeux mais si je ne suis pas plus sûre de moi que ça... car il est impossible de l’enfermer ce garçon, du reste s’il m’aimait il saurait bien s’enfermer lui-même et ne pas avoir cet air épanoui qu’il avait aujourd’hui en ne me voyant point. Qu’est-ce que ça me fait de me dire une bonne fois que Casimir ne m’aime pas ! Eh ! bien c’est fait.
Antoine est venu pour s’arranger avec moi pour le Grand Prix d’Auteuil dimanche. Antoine est comme le fils de Mme Gavini, aussi nous restons à causer tous seuls. Mais voici dix heures. Il y a trente-huit heures que je suis debout.