Mercredi 7 mai 1879
Si cette rage de travail pouvait durer je me proclamerais tout à fait heureuse. J'adore le dessin et la peinture et la composition et le croquis, le crayon et la sanguine, je n'ai pas une velléité de repos ou de paresse. Je suis contente ! Un mois de jours comme cela représente des progrès de six mois ordinaires.C'est si amusant et si adorable que je crains que cela ne cesse. Dans des moments comme ça j'ai foi en moi...
[Mots noircis: Nous débouchions] de la rue de Rivoli sur la place de la Concorde et Cassagnac longeait les Tuileries à pied. Il m'a bien vue. Je suis restée impassible, seulement j'ai cessé de fredonner "on dit que l'on te marie " que j'ai toujours dans la bouche. Je ne l'ai pas regardé de sorte que mes yeux n'ont fait que glisser sur lui comme sur tout le reste sur le chemin, et au bout d'un instant la voiture "me dérobait à ses regards". Je me suis bien gardée d'avancer la tête pour nous voir plus longtemps, c'est tout au plus si je ne me suis pas retirée en arrière. Il avait l'air lourd et marchait lentement, mon idéal. Je voudrais le voir embêté, laid, gâté, détestable. Mais s'il est adorable et célèbre etc. je me consolerais en l'adorant.
Ainsi, comme vous voyez, quoiqu'il advienne je serais contente. Je crois même que je préfère le voir délicieux, cela m'amuse quand j'admire quelqu'un... surtout d'une façon aussi sommaire; le travail n'en souffre même pas. Cela m'a fait plaisir de le voir, il a une figure bonne à regarder, une bonne grosse diablesse de figure...