Deník Marie Bashkirtseff

Je fais ma première peinture officielle. Je devais faire des natures mortes, j'ai donc fait comme vous savez un vase bleu et deux oranges puis un pied d'homme et c'est tout. Je me suis passée de dessiner le plâtre, je me passerai peut-être aussi des natures mortes.
Pensez donc Doenhoff est venu déjeuner quand nous avions déjà déjeuné.
J'écris à Collignon que je voudrais être homme, je sais que je pourrai devenir quelqu'un mais avec des jupes où voulez-vous qu'on aille ? Le mariage est la seule carrière des femmes. Les hommes ont trente-six chances, la femme n'en a qu'une, le zéro comme la banque. Mais la banque gagne quand même, on prétend qu'il en est de même de la femme. Non car il y a gagner et gagner. Comment voulez-vous donc qu'on n'y regarde pas d'excessivement près pour choisir un époux ? Jamais je n'ai été si révoltée contre l'état de femme. Je ne suis pas assez folle pour réclamer cette bête d'égalité qui est une utopie (et puis c'est mauvais genre) parce qu'il ne peut y avoir égalité entre deux êtres tout à fait différents comme l'homme et la femme, je ne demande rien parce que la femme a déjà tout ce qu'elle doit avoir mais je grogne d'être femme parce que je n'en ai que la peau.
Je me suis rappelée comment Madame ma mère se promenait à Nice et Monaco avec la maîtresse de son frère.