Deník Marie Bashkirtseff

Hier la nuit il m'a semblé clair comme le jour que j'allais mourir très vite et je me suis levée pour écrire les deux mots que j'ai triplement soulignés dans les ténèbres. Dourassoff a dîné, il est parti rempli de respect ayant entendu maman parler de l'Empereur et de la cour et de la messe au Palais. Etc. Cette femme a touché à tout et n'a rien gardé.
Voici un numéro du "Pays" que je vous recommande spécialement tout en regrettant que vous ne puissiez l'apprécier ne connaissant pas le Défunt. Pour moi c'est comme si je l'entendais et les discours de Paul de Cassagnac gagnent cent pour cent à être entendus, comme ceux de M. de Broglie à être lus. C'est bien du tapage pour un banquet, si les Républicains devaient annoncer les leurs avec d'aussi grosses lettres il n'y aurait plus assez de papier en France.
Vous me croyez peut-être bien furieuse... vous vous trompez. S'il me fallait me mettre en colère il faudrait en mourir. Une petite colère n'est pas digne du sujet, je puis rester indifférente. C'est aussi heureux qu'étonnant. Je me l'explique par... Je me vois tellement loin de ce que j'aurais pu coudoyer que je ne prends même pas la peine de me fâcher. Je ne vois ni compensations, ni revanche, ni espoir à l'horizon. Devant ce néant et l'absolue stupidité de toute démonstration je reste calme et puis... j'attends les autres journaux et l'opinion des peuples. Ma famille est atteinte et garde le silence me croyant dans tous les états, pourtant mon maintien naturel et placide... elle n'y comprend sans doute rien.
Vous me croyez peut-être bien furieuse... vous vous trompez. S'il me fallait me mettre en colère il faudrait en mourir. Une petite colère n'est pas digne du sujet, je puis rester indifférente. C'est aussi heureux qu'étonnant. Je me l'explique par... Je me vois tellement loin de ce que j'aurais pu coudoyer que je ne prends même pas la peine de me fâcher. Je ne vois ni compensations, ni revanche, ni espoir à l'horizon. Devant ce néant et l'absolue stupidité de toute démonstration je reste calme et puis... j'attends les autres journaux et l'opinion des peuples. Ma famille est atteinte et garde le silence me croyant dans tous les états, pourtant mon maintien naturel et placide... elle n'y comprend sans doute rien.