Vendredi 3 mai 1878
Cet après-midi j'ai dessiné la figure de Dina qui est horriblement difficile mais intéressante. Il y a trois ans à Nice je lui trouvais une poitrine mal faite parce que je n'avais vu que la mienne et à présent que j'ai vu cinquante modèles j'ai changé d'avis, je trouve que Dina peut être classée parmi les femmesbien faites, et facilement.
Les Suissesses trouvent que jusqu'à la ceinture je suis absolument parfaite, il est vrai que je n'ai vu qu'aux antiques le sein si retroussé. Depuis la ceinture ces mêmes Suissesses me trouvent tout simplement laide parce que j'ai les hanches beaucoup trop fortes et les pieds trop petits pour un bassin aussi cambré. Ces imperfections m'humilient un peu mais je me console en pensant que ce sont des laideurs fort appréciées des modernes.
Le prêtre russe est venu, j'a dû quitter le dessin et aller avec lui chez papa.
Ce chien de Cassagnac devait écrire pour venir dîner et pour que maman ne sache pas notre visite. C'est déjà vendredi, je le lui ai envoyé demander. Quelle espèce de terre-neuve que cette créature.
Avant je ne le croyais pas, à présent je crois qu'il est aussi toqué que moi. Pauvre moi, je m'étais imaginé mille choses excellentes de lui, à présent je suppose mille vilenies. Il a accepté de l'argent des femmes, c'est un vulgaire insulteur, un effronté, un... Etc. Etc.