Vendredi 30 novembre 1877
J'ai enfin porté ma mandoline à l'atelier et cet instrument charmant a charmé tout le monde d'autant plus que pour ceux qui n'en ont jamais entendu je joue bien. Et le soir comme j'en jouais au repos et Amélie m'accompagnait sur le piano le Père entra et se mit à écouter. Si vous pouviez le voir vous verriez un homme ravi. Comme tous les peintres sans mérite il se moque de l'Italie, après la mandoline il convient presque avec moi que c'était le plus beau pays du monde.- Moi qui croyais que la mandoline était une espèce de guitare dont on grattait ! Je ne savais pas qu'elle chantait, je ne pouvais pas me figurer qu'on pouvait en tirer de pareils sons et c'est gracieux ! Ah ! sapristi, je n'en dirai plus de mal. J'ai passé là, le croiriez-vous, un beau moment. Ah ! c'est beau. On rira si on veut mais je vous assure que cela... gratte quelque chose dans le cœur. C'est drôle.
Ah ! misérable tu le sens donc.
Pendant que nous étions chez la sœur d'Amélie qui donne à Dina des leçons de peinture d'éventails, Marcuard a été chez nous. J'ai oublié de vous dire que hier il m'avait envoyé un assez beau bouquet.
Cette même mandoline n'a eu aucun succès un soir que j'en jouai devant Doubelt, des Perrières, Zurlo etc. et pourtant c'étaient des gens qui devraient faire des compliments quand même. Beaucoup de lumière, des gilets en cœur et de la poudre de riz, tout cela détruit le charme. Tandis que la rampe de l'atelier, le calme, le soir l'escalier noir, la fatigue, vous disposent à ce qu'il y a dans ce monde de doux, de... drôle, de gentil, de charmant.
C'est un métier terrible que le mien, huit heures de travail par jour, les trajets, mais surtout un travail consciencieux et intelligent. Pardieu ! rien de plus bête que de dessiner sans penser à ce qu'on fait, sans comparer, sans se souvenir, sans étudier et cela ne fatiguerait pas.
Que les journées soient plus longues et je travaillerai plus, c'est pour retourner en Italie.
Je veux arriver.