Deník Marie Bashkirtseff

C'est de neuf à onze heures que nous allons chez Carolus-Duran, il reçoit à cette heure, puisque... nous avons manqué l'audience particulière.
On entre dans une maison à voûte, à portique, à escalier noir comme en Italie. Le quartier (près du Luxembourg) complète l'illusion.
Seulement j'ai peu brillé et je ne savais trop que dire à cet homme qui se croit le plus grand peintre du monde et qui méprise tous ceux qui peignent ou aspirent à peindre et les regarde du haut de toute la grandeur de son outrecuidance. On le lui pardonne, il fait des choses à effets très grands et il est original, beau, intéressant et tout ce qu'il faut pour être à la mode. Il nous a chanté et joué de la guitare; pas de voix mais du charme et une manière curieuse, des airs espagnols. Ce qui est bien c'est qu'il ne dit pas de mal de l'Italie et n'a pas honte d'exprimer tout l'admiration et tout le respect qu'elle inspire.
Rien de dégoûtant comme ces misérables barbouilleurs qui se moquent de tout ce qui doit être sacré pour le vrai artiste... ces faux Diogène !
J'ai eu le tort de parler de Robert-Fleury etc. En un tour de main l'aimable Carolus me l'a démoli ainsi que tout le reste de la création excepté lui.
Je suis retournée aux Folies-Julian toute démontée.
A présent je suis mieux, je raisonne et je trouve que les effets de Carolus ne peuvent pas s'apprendre et que le principal est de recevoir une éducation solide et classique, le reste dépend de soi-même.
Lui-même et ces romances espagnoles et arabes sont charmants quant à ses portraits ils sont connus de tous et j'aurai sans doute une meilleure occasion d'en parler. Comme tous les peintres grands et petits, vieux et jeunes il m'a trouvée d'une couleur merveilleuse et d'une harmonie parfaite comme tons de chair et de vêtements.