Deník Marie Bashkirtseff

Nous sommes à Schlangenbad où sont aussi Doenhoff, Marcuard, Pietro Antonelli, Campomarino, Paul de Cassagnac et Alexandre. Alexandre est très maigre et a l'air malade. Mais je suis ravie parce qu'il m'aime. Je suis toujours avec lui et on a l'air de le trouver tout naturel. La liberté dont on jouit à Schlangenbad nous permet d'être seuls souvent, il en est heureux et je le regarde comme mon enfant malade, mes bras étaient autour de son cou et il me regardait avec des yeux tendres et reconnaissants lorsque je fus réveillée par les barbares de musiciens qui jouent près de la source !
Ce rêve, un des plus longs que j'ai fait, est certainement le plus naturel et le plus charmant, le plus heureux, le plus... tout ce qu'il y a de mieux.
Et sa mère était là, et tout le monde et puis un tas de choses... Et ces hideux musiciens !
Les Lieman sont venues chez nous.
Nous avons été chez les Lisander.
Et le soir à la fête du Skating; j'ai des patins extraordinaires, à moi.
Les Gerbel, les Lisander, les Lieman, et Marx. Vous vous souvenez, cet Américain de toujours.
Personne d'amusant, cela va sans dire.
Grand-papa a revu des connaissances de Russie et va décidément se lancer.
Du Skating nous allons à la promenade où la musique est finie et où il ne reste que la Merenberg et les siens. C'est là le vrai endroit...
Ce sont les Lisander qui la connaissent, les Gerbel non; je l'ai cru parce que les demoiselles Gerbel à la réunion de l'autre fois étaient près d'elle; mais c'était parce qu'elles étaient avec Mme de Lucken, née princesse Chabowsky qui est une amie de la Merenberg.
J'en ai assez. Ces demoiselles m'ont abrutie. Ce n'est pas le monde et c'est ennuyeux à périr. Ah ! mon pauvre rêve où je me disais: enfin, je vais donc m'amuser. Ah ! bien oui et les musiciens.
Quand on me disait avant: voilà une femme d'esprit. Je me demandais ce que cela voulait dire; je ne comprenais pas qu'on pût être bête, comme je ne comprends pas qu'on puisse être méchant. Mais à présent... Ah ! mon empereur. Une femme bête est encore plus stupide qu'un homme bête, je crois.
Elles ne savent rien dire, ces demoiselles ! Elles ne savent rien, elles sont bêtes, Miséricorde !
J'ai pris Marx pour un génie !
Ces demoiselles... on parlait des voyages, je dis que c'était un plaisir assez triste dès que la curiosité est satisfaite et je citai le vrai et charmant passage de Mme de Staël où elle parie de voyages [Trois lignes cancellées.]
- Oh ! je déteste voyager, s'écria l'aînée des Gerbel, pensez-donc quand on a vingt malles à emballer !
Outre tout le reste il y avait encore de la vantardise dans cette remarquable idée sur les voyages: Pensez-donc, Monsieur, nous voyageons avec plus de vingt malles !
Je suis dégoûtée de la vie !
Alexandre n'a pas besoin de devenir amoureux de moi, et Plevna n'est pas encore prise.