Deník Marie Bashkirtseff

Je passe les meilleures années à n'être vue de personne.
Si je n'avais pas de revanches à prendre je ne voudrais rien, je serais heureuse.
Oui, mais comment diable, à mon âge, accepter une vie de recluse !
Je m'exorte tous les jours et c'est un combat continuel comme on dit dans les mauvais romans et dans les bons aussi.
Et dire que ce brigand de Bashkirtseff !...
Paris... c'est une tombe pour moi; je ne dois même pas songer à aller dans le monde à Paris, et si je ne vais pas dans le monde je ne me montrerai nulle part, surtout s'il y a Larderei. Et cela par un sentiment que l'on comprend facilement et qui est très éloigné de l'amour.
Et c'est pourtant à Paris qu'il faudra aller s'il n'y a pas moyen de vivre en Italie, parce qu'une année, à Paris, de vie retirée peut fournir plus de chances à un heureux accident qu'en Italie. Paris est le bazar universel et puis il y a l'Exposition. Et même si les chances étaient égales il n'y aurait aucun mal à essayer à Paris et puis s'en aller définitivement ailleurs.
Les chances de se marier et non d'aller dans le monde.
Voilà toute la vérité et tous mes calculs mis à nu.
Un de ces jours nous irons à Biarritz, ce sera ma dernière saison, si les choses ne changent pas.
Si je devenais fataliste ? Ce serait excellent. Mais je ne suis pas encore assez abrutie pour cela.
Je me casse la tête à chercher. Les lacs italiens vaudraient mieux que Biarritz si l'on pouvait croire quoique ce soit possible sans notre ambassade.
Si je savais où est en ce moment Mme d'Yxkul...