Jeudi 2 août 1877
Je suis allée au Bon Marché avec les miens, en sortant nous avons rencontré Mmes Boyd et Yorke et on resta là plus d'un quart d'heure à causer.Et ce soir apprenant que maman et Dina allaient au Bois avec Miss Hall, j'ai mis un paletot à trois collets comme Robespierre par-dessus mon froc blanc à capuchon; un chapeau Dieu sait quel et une mantille marron, et je suis allée avec elles; il faisait noir (à neuf heures) mais j'étais bizarre quand même. J'ai causé de Florence, de tout son monde et par conséquent de ma famille, d'Alexandre et de Silène. Nous parlions anglais et italien. La petite ou plutôt la grande, est très au courant de tout. Il a fallu bien peu pour me troubler de nouveau et me faire rêver de nouveau à la pâle figure de Larderei encadrée de cheveux noirs sur un fond de velours gros vert. Il a fallu seulement qu'elle dit qu'on regardait Larderei comme un des plus beaux hommes de Florence et puis... de la façon dont elle en parle j'ai vu que je ne me suis pas trompée et que mes Larderei sont quelque chose.
De retour nous avons pris des boissons rafraîchissantes (pas d'ivrognerie ce soir) autour de la table de la salle à manger et comme on a reparlé de Larderei et comme je me suis animée maman s'est écriée tout à coup :
- Non ! tout ce qui se fait n'est pas pour le mieux ! Le proverbe ment !
Et des larmes... je compris sans doute pourquoi et cela me fit repenser à ce qu'il ne faut jamais dire à personne. Il y a des choses qu'on doit garder pour soi...
Enfin Miss Hall m'offre des lettres pour des amies, surtout pour Miss Smith qui a un des salons les plus élégants de Florence. Cela flatte ma manie.