Dimanche, 27 août 1876 (15 août) - Evening Entertainment and Paternal Guidance
On apporta le thé et autour de la table, il a fallu chantonner tout le répertoire d'Offenbach, et imiter les actrices à la mode pour exciter l'admiration pour mon air "français" et ma mémoire.
A dix heures papa donne le signal du départ en confiant à Paul les jeunes gens, qui logent tous dans la maison rouge avec lui. J'allai les retrouver dans la chambre des portraits pour prier Miloradovitch de les empêcher de boire là-bas. Et il me le promit en me baisant tendrement la main. Quand ils furent partis, mon père me recondusait chez moi avec un flambeau. Il joue le vrai père. Il ne me quitte pas des yeux et si je disparais un instant va à ma recherche.
— Tu sais, dit-il, pendant qu'Amalia me passait une robe de chambre, je suis peut-être trop sévère (nous parlions russe) mais plus on se tient avec dignité plus on gagne de respect de la part de ce qu'on nomme les "jeunes gens". Il faut être moins papillon et...
— Moi ! Mais je ne suis pas du tout. Je suis plus libre ii mais il n'y a pas d'étrangers et Gritz est un ancien ami.
— Oui, oui, tout cela est fort bien, mais je suis un vrai père et je remplis mon devoir.
— C'est très gentil à toi, j'apprécie ces choses-là.
— Tu sais, chez vous, là-bas, on a cette manière; je me souviens quand je faisais la cour à maman, on nous laissait seuls, on restait à boire jusqu'à cinq heures du matin, on faisait de tels réveillons que... enfin, tu comprends c'est mal pour la jeune fille, car il y a toujours un tas de picque-assiettes, ou des gens légers qui ne cherchent que l'amusement. Et ici je veux que tout soit convenable et crois-moi on ne t'en appréciera que plus. D'ailleurs il était dix heures quand on s'est séparé. C'était l'heure.
— Oui, c'est vrai et c'est bien.