Deník Marie Bashkirtseff

Pacha est mon vrai cousin, le fils de la sœur de mon père. Cet homme m'intrigue. Ce matin nous avons causé, il me soutenait mon métier et je brodais. On parla de pères et je dis que les fils critiquaient toujours les actions des pères et une fois à leur place, faisaient comme eux pour être à leur tour critiqués par leurs enfants.
— C'est parfaitement vrai cela, dit le garçon, mais mes fils ne me critiqueront pas, car je ne me marierai jamais.
Et au bout d'un instant je dis :
— [Mots noircis: il n'y a pas] encore eu de jeunes gens qui n'aient pas dit la même chose.
— Oui, mais moi ce n'est pas la même chose.
— Et pourquoi ?
— Parce que j'ai vingt-deux ans et je n'ai encore jamais été amoureux et aucune femme n'a attiré mes yeux.
— C'est tout naturel, jusqu'à cet âge on ne doit pas être amoureux.
— Comment et tous ces garçons qui aiment depuis quatorze ans ?
— Sont des monstruosités, d'ailleurs tous ces amours-là n'ont aucun rapport avec l'Amour...
— Peut-être, mais je ne suis pas comme tout le monde, je suis empoté, je suis orgueilleux, c'est-à-dire je parle de mon amour-propre, et puis...
— Mais tout cela ce sont des qualités que vous me citez..
— Des bonnes ?
— Mais oui.
Puis je ne sais à propos de quoi il me dit que si sa mère mourait il deviendrait fou.
— Oui... pour un an, et puis...
— Oh ! non, je deviendrais fou, je sais.
— Pour un an, car tout s'efface à force de voir des figures nouvelles.
— Alors vous niez les sentiments éternels et la vertu ?
— Positivement.
— C'est étrange Mousse, me dit-il [Mot cancellé] comme on se lie vite quand on n'est pas guindé.
Avant-hier soir je disais Maria Constantinovna, hier Mlle Mousse et aujourd'hui...
— Mousse tout simplement et je vous l'ai ordonné.
— Il me semble que nous avons toujours été ensemble, tellement vos manières sont simples et engageantes.
— N'est-ce pas ?
Je m'amusais à parler aux paysans que nous rencontrions sur la route et dans la forêt et L figurez-vous je parle petit-russien très passablement. Le Vorsklo, rivière qui passe [Mots noircis : dans le] village de mon père, est si peu profond en été qu'on le traverse à pied, mais au printemps c'est un fleuve. Il me prit la fantaisie de faire barboter mon cheval dans l'eau et relevant mon amazone tout à fait, j'entrai dans la rivière. C'est agréable à éprouver et ravissant à voir. Le cheval en avait jusqu'aux genoux.
— C'est vrai, dit mon cousin, vous avez une taille remarquable, je n'ai ai encore jamais vu une pareille.
Et Paul avec une naïveté de frère s'écria que j'étais très grasse.. [Mot noirci: comparativement] que je ne portais ni jupons à plis ni tournure.