Dimanche 13 août 1876 (1er août 1876)
On ne saurait imaginer qui, depuis trois jours, m'occupe l'esprit, à qui je pense, qui me semble plein d'intérêt et pour qui je sens une sorte de caprice de sympathie de pitié et de curiosité, sans compter une espèce d'intérêt assez étrange et moins calme. J'ai vu son portrait, il y a trois mois, à Nice ; il est à cheval sur une chaise, les bras croisés avec indolence et caprice. Les traits sont délicats, les yeux tendres et rusés, tandis que la bouche et le menton ont quelque chose de la férocité, de l'obstination et de l'air de toute-puissance, de Pierre le Grand.
Vous savez ou vous ne savez pas qu'ayant trouvé une gravure du grand empereur, et relu son histoire, il y a trois ou quatre ans je l'ai adoré pendant trois jours au mépris du duc, ou plutôt non... je crois que c'était avant le duc. La gravure représentait Pierre le Grand au gouvernail d'une barque en danger ; tout l'équipage épouvanté semble désespéré, les uns lèvent les bras au ciel, les autres se cachent la figure, lui seul est debout un pied sur le bord de la barque, une main au gouvernail et l'autre, étendue comme pour commander à la mer, les sourcils froncés avec cette expression de volonté et de puissance qui à un haut degré devient terrible, et le menton carré et violent, sous des lèvres serrées et d'épaisses moustaches.
Je n'aime pas beaucoup les moustaches épaisses, elles semblent inséparables avec un cigare qui en brûle toujours les extrémités et leur donne ainsi un air mécontent et abrupt. Aussi celui dont je parle a une moustache fine et élégante, et non touchée par les ciseaux ou la pommade.
Qui est cet homme ? Lui ? Un pauvre égaré, un malheureux, un fou, ou un voleur ! Le grand-duc Nicolas, neveu de l'Empereur et amant de la femme sale, dégradante, triviale et criminelle, de Fanny Lear.