Deník Marie Bashkirtseff

Tout allait bien, nous avons quitté l'hôtel gaiement, j'étais aimable avec Altamura et le bouquet de Saint-Joseph nous servait de sujet de conversation; mais ça c'est mon habitude de beaucoup parler d'un rien et de développer pendant deux heures un simple mot quelquefois. Tout allait bien, dis-je jusqu'au cinq minutes avant le départ du train. J'étais là sur la plate-forme, un pied posé sur le marchepied et époussetant la portière avec les bouquets de Saint-Joseph, quand... frémissez !
Un monsieur boitant, soutenu à gauche par une dame en bleu et à droite par un monsieur en paletot clair et petit chapeau rond et mou posé en arrière.
- Qui sont ceux-là ? demandai-je en ouvrant bêtement la bouche et en portant mon Saint-Joseph à mes yeux.
- C'est, dit Altamura, il n'avait pas besoin de dire: C'est Larderei, je l'avais déjà reconnu, et j'avais rougi.
- Et celui qui boite ?
- C'est le frère aîné, Gaston de Larderei,
et le précieux Altamura alla à leur rencontre et demanda au susdit Gaston ce qu'il avait. Une entorse, répondit-il en français, puis je n'entendis plus ce qu'ils se sont dit.
- Ah dit Altamura en revenant vers nous, ce Gaston de Larderei était le garçon le plus comme il faut et le plus chic de l'Italie.
- Et à présent ?
- A présent il est marié.
- Et le cadet ?
- Je ne sais pas si Alexandre est marié.
- Qui est cette dame ?