Deník Marie Bashkirtseff

Mon fichu frère s'en va en Russie avec Sacha. Cet animal tire de l'argent de tout. Il vient de me vendre ses Dumas, Hugo et W. Scott pour soixante francs. Notez bien qu'il ne pouvait les emporter, car pour faire entrer des livres en Russie ils faut qu'ils passent par le comité de censure ce qui serait une affaire de deux mois et d'une infinité d'embarras.
Nous étions avec Nadia chez Nina. Je me suis habituée à cette famille bien qu'elle n'ait aucun agrément particulier. Ce soir à l'opéra, "Il Barbiere".
Nous avons une loge tout à fait en face de la scène (robe bleue, très bien).
Le premier acte a passé, Sacha et Nadia étant occupés d'une discussion de famille nous ont retenus et Nadia n'est pas allée, de sorte que je suis seule avec Marie et Sacha.
Girofla me paraît charmant et je suis fort contrariée de ce qu'il va chez Mlle Bueno et lui fait la cour. Marie qui ne doute rien assure qu'il le fait exprès. Je rentre toute déferrée et la queue entre les jambes comme un chien maltraité. Cela m'apprendra une autre fois à distinguer des gens qui ne me distinguent pas. Et encore si c'était quelque plobster, mais un homme comme celui-là. Fi ! Je suis humiliée.