Deník Marie Bashkirtseff

Moi et Marie avons commencé le portrait d'Olga. Cette petite a un profil arrêté et bon à étudier. Après déjeuner nous nous transportons chez Nina avec chevalets et tout. Elle nous lit du russe pendant que nous travaillons.
[En travers: Du joli travail.]
J'ai esquissé au fusain, reste à passer le crayon puis la peinture. Ce sera là la pierre d'achoppement pour moi. Je m'entends au dessin, mais je n'ai jamais peint d'après nature.
[En travers: Je m'entends au dessin. Flute !]
Je ne sors pas du tout. A ma leçon latine je vois Terffidua par la fenêtre. Si je ne l'intéresse pas, il est indifférent qu'il me voie ou non, si au contraire je l'intéresse il est excellent de manquer un jour. Une fille raisonnable comme moi, s'occuper de pareilles bêtises ! D'ailleurs en ne sortant pas j'ai compté de me dédommager ce soir à l'Opéra. Il n'en sera rien comme on va le voir.
J'étais en train de me coiffer et ne pouvais réussir, lorsque maman qui va sensiblement mieux depuis trois ou quatre jours, se trouve de nouveau mal. J'entends courir, chuchoter mais je ne bouge pas et achève très tranquillement ma toilette. Est-ce insensibilité, est-ce force de caractère ?
Le fait est que je n'ai pas changé de figure et le plus habile physionomiste n'eut vu qu'une fille insouciante allant au spectacle. Les yeux même restèrent limpides et souriants. Dina court chercher Bottóne. A propos de ce malheureux, il est revenu parce que sa femme est morte il y a une semaine et demie. Il était très attentif, très bon et ne s'en alla que pour coucher ces pauvres petits orphelins qui l'attendaient et ne voulaient pas s'endormir sans lui.
Dans deux heures G'avais remis ma robe marron et ôté les boucles fausses) nous étions tous autour du lit de maman, et on a même parlé d'Audiffret. Ce que c'est que la vie ! Chien de chiens ! Que c'est triste, que c'est bête, que c'est beau !