Deník Marie Bashkirtseff

Bouba était à dix heures chez nous comme je l'avais ordonné, et nous avons manqué le train d'onze heures. J'étais très contente parce que ainsi nous pûmes voir le cheval noir découvert hier seulement, et qui est réellement beau, assez beau pour que j'aie le désir de l'avoir. J'étais aussi chez Virot qui m'enverra deux chapeaux. J'ai commandé une belle tasse pour moi à la rue de Paix, et à six heures nous étions enfermées dans cette boîte que l'on nomme coupé et roulons vers la gare de Lyon.
Comme j'entrai dans la salle d'attente, [Rayé: je me sentis] j'entends une voix me dire:
- Eh ! Buon giorno, come state ?
C'est Ernesto Lombardi, qui me secoue la main et fait battre deux cartons que je tenais l'un contre l'autre comme un tambour. Puis il crie à l'employé qui se tient près de la porte:
- Mais laissez donc entrer Mme de Romanoff, vite, aidez ces pauvres femmes, prenez ces cartons !
Dans un instant tout notre bagage est placé et nous sommes passées avec le chien et tout.
Après quelques petites tribulations nous partîmes dans un coupé, vis-à-vis de celui d'Ernesto et à travers les fenêtres nous le vîmes manger et nous faire des signes de tête et de main. Cet homme mange bien et pourtant, chez lui, il ne donne presque rien à dîner, et coupe par si petits morceaux que c'est ridicule. Il mit des gants blancs et s'assit pour dormir, nous avons fermé nos stores, baissé la lumière et avons fait comme lui, excepté les gants blancs.
J'ai dormi assez mal malgré les soins et les prévenances et les bontés infinis de ma tante qui pour me donner plus de facilité de m'étendre de toute ma longueur, s'est couchée par terre et était tourmentée toute la nuit par les portières que les conducteurs importuns ouvraient à chaque station de cinq minutes.