Jeudi, 10 septembre 1874
Je suis une heureuse nature. Avant-hier ma tante nous a dit une nouvelle fort mauvaise. C'est qu'Emile, mon pauvre oncle, est mort il y a quatre mois. Une demi-heure après je n'y pensais plus et aujourd'hui seulement je me rappelle de l'écrire.
J'avais rêvé que je perdais une dent, je vais chercher le jour exact de ce rêve.
Nous allons chez Brown et ensuite au Crystal Palace. Nous le visitons malgré les hurlements de ma tante.
Ce n'est qu'en Angleterre qu'il y a quelque chose à voir.
J'eus de la peine à m'arracher de ces statues et de ces bustes, qui représentent l'ancienne Rome, j'aime beaucoup, jusqu'à la folie, l'histoire ancienne et romaine; une fois que je suis dans un musée je voudrais y rester parce que là tout représente ou des sujets de mythologie ou d'histoire. J'aime les anciens monuments, ces temples, ces amphithéâtres, tout ce qui est ancien. Le moderne me tente peu. Mais c'est dans les antiquités que je vis heureuse.
Parce que maintenant on s'occupe des particuliers et de toutes sortes de futilités, tandis que tout ce que nous avons des Anciens ne traite que grands hommes et de rois, non seulement dans l'antiquité mais de ce qui se passait il y a deux siècles on ne sait, on ne s'occupe que de rois ou des hommes remarquables.
Il semble qu'alors le monde était peuplé de grands rois, de grands capitaines, de grands législateurs, de poètes, et rempli de palais, de temples, d'amphithéâtres. Voilà pourquoi j'aime ce passé. Parce que tout dans [Rayé: dans ce passé] lui était grand et remarquable.
[Passage intercalé: Il ne faut pas croire que j'admire tant les statues, elles m'ont fait pensé à ce que j'ai dit mais j'en ai vu de plus belles et davantage, et je verrai encore j'espère des merveilles de ce genre à Rome.] Après dîner nous avons la visite de Foster, il reste très longtemps. On parle des chiens et du duc et de la duchesse d'Edimbourg.
Je monte et pendant que je me déshabille je deviens rose mais sans brûler, fraîche simplement et me trouve pittoresque et jolie.