Deník Marie Bashkirtseff

Aujourd'hui quatre heures et demie de piano, le concerto de Mendelssohn en sol mineur termine. Je l'etudierais encore pour aller dans le mouvement.
Apres diner nous allames chez les Patton. J'ai trouve Bebe en pleurs; la cause est que Mme Patton a gronde Mlle Catherine et Bebe et Catherine ont pleure. Elle est tres bonne cette petite fille, mais amoureuse de Paul. C'est si drole de voir cela en des enfants. Paul lui a offert son bras, quand il parle elle ecoute tellement, elle a l'air d'avoir peur de perdre une de ses paroles. C'est si ridicule ! Nous etions au jardin assis: Paul, Bebe et moi. Je jouais la un bete de role, je ne pouvais m'empecher de sourire; bienheureusement il faisait sombre. On a allume des feux d'artifice, encore la Paul voulait se montrer un heros, il tenait la chose dans ses mains, et Bebe le croyait vraiment un preux chevalier. Enfin quand la fumee lui a fait mal aux yeux, elle etait inquiete. Elle court apres lui comme un petit chien. C'etait tres drole.
Paul alluma une cigarette au jardin le soir et... je suis honteuse de revenir toujours a la meme chose... je me suis imaginee que lui est la et fume aussi a cote de moi. Je suis folle, mais je puis ecrire ce que je veux, personne ne lira ces betises. Devant moi je ne suis pas honteuse d'avouer que je l'aime cent mille fois, je l'aime ! Qui peut m'en empecher ? Personne au monde. Je suis libre de l'aimer. S'il ne m'aimera pas, je mourrai ! Non, j'en aimerai un autre. Je le regretterai sans doute.
Il est decide que nous attendrons encore une ou deux semaines, il y a des epidemies de toutes sortes a Vienne. Je n'y crois pas. La prudence n'est pas un mal, nous faisons mieux d'attendre. Et puis je me confie a Dieu et a la Sainte Vierge. Ils me garderont, je prierai, Ils me garderont de tous les malheurs. Ils sont misericordieux pour moi.
Je reviens encore au duc de Hamilton; je suis fachee de m'etre laissee entrainer ainsi. Je l'aime beaucoup maintenant, m'en defaire est presque impossible. J'ai de la force de caractere, j'aurais pu m'en defaire au commencement. Mais c'est si beau d'aimer, je me suis laissee aller; je savais qu'il ne faut pas, que c'est inutile, qu'il ne m'aimera jamais... Et qui sait ? Il peut se marier ou crever quelque part, ivre ! Que ferais-je alors ? Et bien, c'est un debauche, un mauvais sujet, un ivrogne, un vaurien, ca n'est pas la peine de le pleurer; il n'en vaut pas la peine. Je me consolerai tres vite de la mort de ce vilain animal, je ne veux plus en parler, il peut s'en aller au loin. Ah ! non, ces paroles peuvent lui porter malheur ! Je ne le veux pas ! Je veux qu'il vive. Et avec mes stupidites je peux peut-etre lui porter malheur. Pardonne-moi, mon Dieu, et garde-le !
Non, en verite s'il me laisse de cote je ne sais pas ce que je ferai ! Si, je prierai Dieu, et Il est si bon, il faut cependant meriter Ses bontes. Je ne fais pas tout ce que je dois, je veux doublement travailler a meriter quelque chose de Lui. J'ecris cela sur ma table dans la chambre a coucher, un soir.
[Sans date, en haut de l'avant-derniere page du carnet]
Un corsage en forme de rose ou autre fleur, devant et derriere attache sur les epaules par des guirlandes de petites roses.
Au bal costume.
[Sans date, en haut de la derniere page du carnet]
Heart's ease "in 2 volumes"
"Bombay and son"
"The last days of Pompei" by Bulwer [Lytton.] "Mrs Haliburton's troubles" by Mrs Henry Wood. "Mabel Vaughan" by the author of "the Lamplighter" "The select works of Oliver Goldsmith".