Oh ! un succes monstre, nous allons lundi a la bataille de fleurs deguises mais sans masques. Papa, maman, ma tante et la princesse se tenaient modestement en arriere et Dina, Paul, Nini, Bojidar et moi sur la breche, tous cinq jeunes, pimpants avec nos costumes Watteau blancs, rubans mauves, violettes, un oeil de poudre avec le soleil jouant sur tout cela. On nous a inondes de fleurs et salues d'exclamations tout a fait flatteuses tout le temps; les grands bouquets pleuvaient, nous avons riposte enfin c'etait ravissant, ravissant, ravissant. Et tout le monde etait tellement sur Que notre char aurait la banniere d'honneur que c'est dans les journaux ce matin et pourtant nous n'avons rien eu. Le comite avait d'autres chats a... recompenser mais si c'avait ete le suffrage universel !! Je vous dis que nous sommes revenues grises de notre triomphe. Bojidar n'arretait pas de nous le raconter comme si nous n'avions pas ete la, et avez-vous entendu celle-ci ou tel autre ou encore celui-la, ce qu'on nous a dit comme on a applaudi, et le peuple, jusqu'aux marchands de fleurs qui nous ont jete des bouquets. Et on oubliait Sarah pour chanter nos victoires avec ses epaules en porte-manteau, ses longs bras, ses mains tortillees... Du reste nous dansons encore, mardi a ete un peu obscurci par l'ignoble conduite du Comite qui a donne une premiere banniere aux Lewin et Durand qui n'avaient rien de bien joli et une troisieme banniere aux pierrots Louis XV qui meritaient amplement la premiere. Justice ou es-tu ??! Mais le soir ! Du reste c'est immortalise en silhouettes a l'encre. D'abord nous nous rendons chez Tiste qui nous loue des dominos de calicots a pois rouges, nous achetons des loups et allez donc: Bojidar et moi en avant, Dina, Paul et sa femme se trainaient peniblement et s'arretaient toutes les dix minutes pour dire: rentrons, il n'y a plus rien a voir. Mais Bojidar a sauve la situation en se demenant comme un diable, je n'ai jamais rien vu de pareil, a lui tout seul il a amene la foule assez morne composee d'etrangers qui venaient voir tout cela d'un air triste. Non ma parole d'honneur il y a des gens !
Bojidar a danse le cancan pendant un quart d'heure devant un monsieur, nous disions les choses les plus droles et il ne s'est pas deride. [Mots noircis: Enfin nous avons fait semblant de croire] qu'il avait un masque en carton peint et qu'il y avait longtemps qu'il riait la-dessous. A un moment donne deux cents personnes se sont mises en branle devant l'inenarrable chahut (Oh ! pardon) de Bojidar, il y a un certain air que nous chantions auquel on ne peut resister, je danse encore en ecrivant...