Journal de Marie Bashkirtseff

Bojidar est la qui m'aide a installer des draps contre le soleil car je travaille un peu le matin avant d'aller au Carnaval.
Grande bataille de confettis, on tape fort mais c'est tres drole, sous le masque on dit des betises aux voitures qui passent et aux gens des tribunes et ca m'amuse tant que je ne fais pas l'esquisse de la fenetre louee expres pour ca.
Nous sommes neuf, papa, maman, ma tante, Dina, Paul, sa femme, Bojidar et Mme Eristoff et moi.
Je suis allee a l'eglise ce matin avec maman et papa, tout en blanc avec le chapeau de vendredi qui me va si bien, toujours pour retablir ma reputation de femme bien portante.
Je ne sais si je suis malade mais j'ai une mine insolente de sante.
Si vous saviez quels tourments... Je lutte contre la paresse et contre ce terrible: ce sera mauvais qui m'empeche de rien faire. Et j'ai des remords cuisants pour chaque heure perdue... Et pourquoi ne fais-tu pas des croquis et ceci et cela et quand je vois les dessins de la "Vie moderne" je deviens rouge et pale et je voudrais du premier coup faire comme ces gens qui en font depuis dix ans, ne comprenant pas qu'il faut en faire toujours et encore et de mauvais et continuellement pour en faire de bons ensuite.
C'etait aussi bien que les tetes d'une Suedoise medaillee. Que tout cela est vain, dessinez, n'ecrivez pas.