J'ai tellement pleure hier que ma tante est venue me demander si c'etait que j'avais mal quelque part, touchante attention a laquelle je reponds que j'ai mal au nez. Il est impossible de se figurer ce que cet exil dans le Midi est desesperant pour moi. Il me semble que tout va etre fini. Moi qui revenais enivree a l'idee de rester tranquille et de travailler, de travailler ferme, sans relache, suivre le mouvement... Et puis voila que de nouveau tout s'effondre ! Et pendant que d'autres iront toujours en avant au milieu de ce Paris artistique, moi je serai la a ne rien faire ou a courir apres un tableau en plein air qui est une chose horriblement difficile... Voyez Breslau, ce n'est pas sa paysanne qui lui a valu quelque chose. En un mot mon coeur se fend et se brise devant tout cela. Ce soir j'ai vu Charcot qui dit que le mal depuis l'annee derniere n'a pas empire, quand a ce que j'ai depuis huit jours c'est un refroissement [Mots noircis: sans gravite] et qui partira tres vite. Quand au Midi c'est la meme chose, il faut y aller ou bien s'enfermer absolument comme une prisonniere sans quoi constant risque d'attraper des choses graves vu que le poumon droit est pris et encore parait-il j'ai de la chance, c'est un mal curable qui s'est localise et qui n'augmente pas malgre toutes mes pretendues imprudences. Il m'a dit la meme chose l'hiver dernier et je n'ai seulement pas voulu ecouter, maintenant j'hesite et reste des quatre heures a pleurer comme hier a cette idee de quitter encore Paris, de m'interrompre...' Il est vrai que si je suis souvent comme ces derniers jours, Paris ne me profitera guere... Et voila ce qui me desespere. Me rendre. M'avouer vaincue. Dire, oui, ils ont raison les medecins. Oui, je suis malade. Ah ! non, tout va mal decidement
Gioriae Cupiditas Livre 94eme du mercredi 23 novembre 1881 au samedi 29 avril 1882 Paris, 34, avenue Montaigne Nice, du 29 janvier au mercredi 13 avril.