Journal de Marie Bashkirtseff

Enfin, tout est emballé et nous voilà à la gare. Alors au moment de partir mon hésitation gagne les autres et je me mets à pleurer et maman avec moi et Dina et ma tante; et mon père qui vient demander quoi faire je réponds par des larmes.
La cloche sonne, nous courons au wagon, on ne m'avait pas pris de billets et on monte dans un compartiment ordinaire (ce que je ne ferais pas) je veux monter aussi mais on ferme, je n'ai pas de billet et l'on part sans se dire même adieu. Voyez-vous on se maudit, on se déteste mais quand il s'agit de se séparer on ne sait plus rien. D'un côté maman, d'un autre ma tante et mon père au milieu. Il doit être furieux car en somme il a été très gentil et puis... mais ce voyage inutile, cette fatigue inutile, cette perte de temps et puis je n'en sais plus rien. Je pleurais de partir, je pleure de rester... Breslau ne me fait presque plus rien mais en somme... je n'en sais plus rien.
Mais je crois vraiment qu'ici je me soignerais mieux et que je ne perdrais pas de temps.