Journal de Marie Bashkirtseff

Mme de Brimont a été chez nous et naturellement il n'a été question que de la mort de Girardin, tous les détails. Elle est très affectée, chagrinée.
On passe les soirées à discuter, mon père parle raison et ces femmes répondent par des enfantillages qui ne se tiennent pas debout. Maman lui monte des petites scies innocentes et peut-être même inconscientes... ou bien c'est qu'elle croit que c'est joli.
Bref tout retombe sur moi, j'attends toujours et rien n'arrive et ces bourreaux se plaignent de ce que je tousse "parce que je ne veux pas me soigner, pas même de lait d'ânesse". Songez donc, il est évident que le lait d'ânesse me guérirait illico. Ce pauvre Saint Amand qui est allé chez la Reine et qui est venu le lendemain ici demander pourquoi je n'y étais pas, il allait faire le "carnet" par Etincelle... ah ! bien oui. Je n'en prendrai jamais mon parti parce que c'est atrocement injuste !!! Oui, mille fois injuste II!
Je respire mal et je pleure sur mon existence gâchée. Et dire que je vis avec les misérables qui me tuent. Non !... c'est à en crever de rage.