Journal de Marie Bashkirtseff

A l'Opéra, avec les Gavini, le comte et la comtesse Murat, Chaudordy, Nervo, de Graves, Rivoli, etc... Le marquis Casa-Riera est venu avec son chevalier, nous avons causé et il m'a invitée à aller le voir. Vous savez, c'est admis et les dames et les jeunes filles vont le voir. J'ai fait mon effet sur la salle, m’occupant peu de notre société, tout à la pose, lorgnée par les gens du Jockey, le roi de Naples, etc...
Les Gavini en apprenant que j'ai congédié Soutzo disent que je n'ai qu'une chose à faire. Aller me marier en Russie avec un homme riche et revenir jouir de la vie au lieu de m’user la jeunesse à barbouiller des toiles. Les Français qui veulent des dots... Mais Soutzo aussi, mais il me semble un peu de mon pays. Pourquoi n'écrit-il pas ? Je viens de prendre du champagne en soupant avec ma tante et je suis un peu grise. Ne trouvez-vous pas que le vin rouge est ignoble aux lumières, passe encore tant bien que mal à dîner mais le soir c'est affreux. Du reste j'en mets moins d'un quart de verre et remplis le reste d'eau; je bois beaucoup, quelque fois cinq à six verres et si c'était du vin ce serait laid c'est comme je vous dis, un sixième de vin et cinq sixièmes d'eau. Mais le champagne c'est différent, mais on ne l'aime bien qu'à souper la nuit.
Pourquoi Soutzo n’écrit-il pas ? Où est-il ? J’ai modelé de six heures et demie à sept heures et demie, c'est très amusant.