Journal de Marie Bashkirtseff

Quand on parle bas je n’entends pas !!! Ce matin Tony m’a demandé si j’avais vu des Perugin et j’ai dit non sans comprendre.
Et comme on est venu me le dire après je m’en suis tirée, mal tirée, en disant qu’en effet je n’en avais jamais vu et qu’en somme il fallait mieux avouer son ignorance.
Du reste Tony a été très content de ma tête. Je peins Thellinge laissant là, le modèle. Breslau m’a fait demander la permission de faire mon modèle, j’ai généreusement consenti et nous offrons à l’atelier aux aguets le touchant spectacle de nos deux amitiés côte à côte. Elles sont vraiment enfants; moi je me moque de tout cela.
Tony a dit que c'est très bien commencé, qu’il n’y a qu’à aller. Nous avons l’air de faire un concours avec Breslau et je l’ai battue jusqu’à présent du moins (nous reprendrons la semaine d’après quand on sera sec). Cela amuse toute la boutique et tout le monde veut poser pour moi.
J'enrage cette bonne Breslau en disant que mon tableau trouve acheteur à 1.500 francs et que je suis accrochée dans la galerie du pourtour : c’est triste, dis-je, mais juste, ma peinture n’est pas fameuse je l’avoue d’autant plus volontiers que c’est très naturel, deux ans de travail, une première exposition et quinze jours pour exécuter... Du reste l’administration a été relativement juste, on a accroché dans la fameuse galerie que les plus mauvaises choses, il n’y a pas une toile propre ...