Lundi 5 avril 1880
Le Prince Napoléon a parlé, et “l’Estafette” publie la lettre que je place dans mon album.
Cette lettre, avant de lire les journaux de demain et de voir du monde, je la déclare profondément habile, opportune, sage et convenable. Seulement elle condamne complètement les cris d’indignation que pousse Popaul après les décrets gouvernementaux. Mais Popaul m’importe fort peu et je suis même très contente qu’il soit condamné par son chef. Cette lettre admirable me fait songer à la nuit du 2 décembre où Gavini est allé jusqu’à se mettre à genoux devant le Prince pour le décider à se rendre à l’Elysée sans y réussir. C’est alors que le père Denis l’a traité de prince rebelle et a reçu l’épithète de saltimbanque. Il y avait dans cette conduite un fond d’honnêteté révoltée et des sentiments extrêmement délicats blessés par l’acte de Napoléon III qui a été bon, corrompu, aimable, mais jamais honnête, intimement honnête.
Les brusqueries, les incartades, les imprudences du Prince lui ont fait des détracteurs et des ennemis, les Tuileries lui ont fait une réputation détestable. On l’a calomnié, méconnu, on le blâme pour sa conduite envers sa sainte femme qui est dévote et malpropre et si c’était une vraie sainte femme elle ne déserterait pas son poste. Je n’ai jamais le temps de m’exprimer convenablement. Je vous dirai tout pourtant en vous disant que je crois au Prince la même nature que moi.
Samedi Courtès dînait chez nous et pendant qu’il causait avec Dina ma tante affecta de dire à Mme de Baillel assise en face que cette pauvre Mme Gavini était bien embarrassée. Une de ses amies lui écrit de province pour la prier de trouver un mari titré et honorable pour une jeune orpheline ayant 60.000 francs de rente.
Courtès n’a pas eu l’air d’entendre mais le lendemain à une heure il était chez Mme Gavini pour s’offrir.
- Mais mon cher comte c'est une craque, ce sont ces dames qui se sont moquées de vous; c’est elles qui ont de belles dots, faites-leur la cour.