Journal de Marie Bashkirtseff

Monsieur de Morgan un cornet de satin rose peint, plein de bonbons. Gabriel, le pur, l'exquis, une jolie bonbonnière avec cinq ou six livres de bonbons. J'envoie un mouchoir avec de la dentelle à Berthe.
J'ai été à l'atelier, le matin pour qu'ayant travaillé le premier de l'an je travaille toute l'année. Après nous sommes sortis faire des visites et au Bois. Paul est parti ce soir à sept heures, maman seule l'a reconduit jusqu'au wagon; le chemin de fer attendrit. Je l'ai laissé partir sans plus d'émotion que s'il allait en ville et si j'étais allée jusqu'à la gare j'aurais certainement pleuré. Maman vient nous rejoindre au théâtre des Nouveautés. Paris en action, revue très amusante. Le pur nous y retrouve, Paul lui avait télégraphié (nous devions y aller hier et Gabriel le chaste, se promettait de nous y voir).
Je tousse et cela me fait rester au fond de la loge... et aussi pour causer avec l'archange. La vertu est devenue une petite scie, discrète jusqu'à présent. Seulement comme j'ai l'air triste il me demande ce qu'il y a. Vous le savez bien, toujours la même chose. Après tout c'est un sujet à confidences avec Gabriel et puis cela me tourmente en réalité. Ma tante dit que la seule chose à faire c'est de me le présenter et puis au bout d'une quinzaine de jours lui demander s'il croit que c'est moi qui lui ai écrit. Ce serait trop fin pour ce vibrion que je traite d'empaillé et d'imbécile, ce à quoi Gabriel répond qu'il voudrait bien être à sa place.
[Charles] des Perrières est dans la salle, il vient nous saluer, [Mots noircis: pas les autres]
Et à la sortie Filippini et le baron Rognât.
Dans l’après-midi nous avons rencontré Multedo, on a fait arrêter la voiture et nous l’avons chaudement félicité.
Seulement j'ai rougi, lui aussi beaucoup. Il n'est pas du tout amoureux de sa fiancé, je vous assure... Mais il est content. Songez-donc, il entre dans la maison, la vie ne coûtera rien au jeune ménage, tout leur revenu sera pour eux.