Dimanche, 10 août 1879
Hier soir j'ai longtemps prié Dieu mais je n'ai pas senti qu'il m'eût entendue. Il y a des choses impossibles et quand on les demande c'est en vain.
Je suis allée au Bois avec Berthe. Je sors de nouveau avec elle, c'est dangereux mais cela m'amuse. Pendant que nous nous promenions on a fait un bésigue des noms, les vieux. Le soir un monde fou au cirque. Avec nous, Blanc, Bichinsky et Alexis.
Je sens que ne ferai pas ma gloire en peignant mais bien en sculptant. Aujourd'hui j'ai une passion pour la sculpture.
Partir ou rester ? Les malles sont faites. Mon docteur, ne paraît pas croire à l'éfficacité des eaux du Mont-Dore. Qu'importe j'y vais me reposer. Et en revenant il me faudra mener une existence incroyable. Je peindrai tant qu'il fera jour et je sculpterai le soir. En outre il me faudra me créer des relations chez le Prince.
Je voudrais rendre des services au Défunt. Si je pouvais seulement avoir une lettre pour l'ambassade tout serait dit. Et je ne fais rien pour l'avoir ! Mais rien de rien.
Je suis une folle. Ça ne fait rien. Je vous jure, comme dit Cassagnac, que je m'en tirerai.
Nous partons après-demain au plus tard.
J'ai envoyé ma photographie au prince Ouroussoff à qui je l'avais promise à Soden. Encore s'il me répond une lettre aimable je lui demanderai une lettre. En outre je vais dire à maman qu'elle en demande une aux Anitchkoff. La sculpture !
Quitter Paris, vivre ailleurs ! C'est impossible. Je voudrais seulement de temps en temps aller passer je ne sais combien de jours en Italie. On ne doit pas savoir combien de temps on y reste.
On y va et on est si heureux qu'on s'y oublie et puis un beau jour on est rappelé à la réalité et on revient à Paris. Voilà la vie. Je suis agitée par tous ces projets, plans, désirs, ambition !
La pauvre Berthe est venue et nous l'avons emmenée au Bois avec nous. Elle s'est presque invitée, elle est si triste. Son mari court ou passe son temps et se promène avec Mme Boyd. Mme Boyd est en tout d'accord avec lui, à eux deux ils font société à part et laissent la jeune femme toujours seule.
Il court avec MM. de Boishébert et de Rohan; ces deux messieurs qui lorsque je les ai nommés comme compagnons de Lancaster ont fait dire à Gavini : "Ah ! ha ! Alors il est clair que c'est un drôle." Cette pauvre bête de Berthe a l'air si triste qu'elle me fait de la peine et que j'oublie l'affaire du masque.
[Nous rencontrons les Gavini, et nous] crient qu'ils ont été nous dire adieu, puisque nous partons. A moitié chemin ils me prennent dans leur voiture et nous arrivons ainsi chez eux où me reprend ma famille.
Je n'ai rien à dire si ce n'est que je ne pense qu'à... au Défunt.
Si ! j'ai à vous dire qu'on a vu Petitphare à Mabille avec des femmes auxquelles il disait tout haut: "Je suis désolé de ne pouvoir vous inviter chez moi, mais vous comprenez mes petites quand on loge au Palais Bourbon I". Je le croyais presque pur et sans tâche. Ça me le gâte. C'était assez naïf de le croire pur... mais, cela allait avec son genre de beauté.