Journal de Marie Bashkirtseff

Ce soir, dernier mercredi de Mouzay. Pièce composée par de Daillens, où l'on dit un bien inouï des Russes. Bref, j'y vais avec ma tante et Dina. Si je n'y allais pas, cela serait une déception aussi grande que lorsque Cassagnac ne vient pas ici.
Seulement aux hommes qui ont essayé de me faire la cour je disais toujours à peu près ceci : Monsieur je suis une nature mauvaise, je ne m'amuse que toute seule; tout ce qu'on peut me dire m'ennuie.
Goldsmid était là pour nous. Quand je pense que cette folle de Mouzay espérait un salon présidé par Popaul.
Le sculpteur de l'Opéra y était. Je remarque avec satisfaction qu'il fait la cour à de Daillens. Depuis que cela est, elle s'habille mieux et se tient plus proprement. D'ailleurs voyez-vous
il n'y a que cela. Tout se fait pour et à cause de cela. Et ceux qui disent le contraire ne savent pas ce qu'ils disent. Seulement cela tout seul ne peut pas satisfaire parce que tout seul ce n'est pas complet; il faut le cadre et même le cadre tout seul, on peut le tendre d'étoffe et en faire un panneau, ce qui est beau mais froid, tandis que le tableau sans cadre fait un effet triste, désolant.
Pourquoi désire t-on toutes ces choses ? Mais pour encadrer donc !