Journal de Marie Bashkirtseff

On m'a trompé sur l'heure pour me prendre ma place et puis Amélie et deux autres canailles ont assuré qu'elles ne m'avaient rien dit et que je m'étais trompée moi-même.
Ce mensonge comme tous les mensonges m'a révoltée d'autant plus que, je dois le dire à la louange de l'espèce humaine, celles que j'avais défendues lors de l'affaire des Suissesses n'ont seulement pas prononcé un mot pour dire que j'avais raison.
Je le dis pour qu'on le sache, autrement je n'ai pas besoin de protection ne criant que lorsque je suis dans mon droit.
Ce matin déjà je ne pouvais pas du tout travailler, je ne voyais rien et l'après-midi Berthe est venue, et je me suis donnée congé. Elle est folle de son bras et je crois qu'un de ces jours nous allons nous déguiser et le suivre pour savoir s'il trompe Berthe. Nous serions accompagnées de loin par Popaul... l'occasion de le faire venir est bonne, j'ai le beau (?) rôle, mon amie aime, elle veut s'assurer de la parole de cet homme, son bonheur en dépend, je me risque par dévouement etc. et en même temps j'ai occasion d'écrire à Cassagnac. Mais... cette coquine de Berthe est capable de se faire reconnaître et de raconter qu'elle se dévoue pour Cassagnac et moi. Après le masque je m'en défie et je ne lui pardonnerai jamais, jamais, jamais, jamais. Dans toutes les choses il m'arrive de gâter l'affaire, eh bien cette fois j'ai au moins la satisfaction de me dire que ce n'est pas ma faute et cela soulage.
J'ai télégraphié vers sept heures à Cassagnac de venir s'il le pouvait ce soir aux Italiens, nous avons à lui parler.