Journal de Marie Bashkirtseff

Je ne suis allée hier ni à la messe pour le repos de l'âme de Napoléon III ni à la Chambre. "Le Pays" à plusieurs reprises avait prié ses amis d'éviter toute espèce de manifestation. On n'a point crié en effet, mais on a fait une telle manifestation, on a rendu hommage à l'homme et au parti d'une façon si saisissante et si simple que je suis presque contente de n'y avoir pas été, j'en aurais été affolée.
— Au moment, dit "Le Figaro", où M. Paul de Cassagnac descendait des gradins du temple la majeure partie des assistants s'est découverte.
Il y avait plus de cinq mille personnes.
On a apporté le buste que je dois exposer. Il ne plaît pas à ma famille. Air mécontent et moi malade d'agacement.
Le pauvre artiste ne savait que dire et Paul qui n'est pas dans le secret qui lui demandait comment lui trouvait le buste pour m'attirer des compliments.
Il n'y a pas d'argent. Nous avons reconduit Paul jusqu'au wagon.
Je suis énervée, chagrinée, ennuyée.
Grand-papa paralysé, Walitsky mort, Paul parti.
Il m'est tout à fait impossible de réaliser la mort de Walitsky, à laquelle je suis indifférente, je chante, je ris, parce que je n'y crois pas.
Il faudra répondre demain au Suisse.
[Menton 12 janvier 1878]
^5^ Chère Mademoiselle
Ayant reçu de mes amis à Paris la triste nouvelle que mes envois du jour de l'an n'étaient pas arrivés à leur destination, je crains fort que les gâteaux que je vous ai envoyés ne soient aussi restés en route. C'est fort désagréable. Veuillez avoir l'amabilité de me dire si vous les avez reçus ou non afin que je fasse une réclamation en bloc au chemin de fer.
Ici il fait un temps admirable, quel délice que de sortir du froid de la neige pour trouver le soleil, le ciel bleu et les fleurs.
Je parie que vous balancez en l'amour de l'art et celui de la nature ? Quand viendrez-vous du côté de l'Italie,
Je suis constamment entre Nice, Monte-Carlo et Menton, mais je ne suis guère ici que pour dormir. J'ai trouvé une foule de connaissances, et je m'amuserais beaucoup si je restais, mais je vais assister aux funérailles du Roi.
La nouvelle de cette mort m'est parvenue à Turin, le peuple Italien est consterné, tout est en deuil, à Florence, les dames portent robes noires pendant 40 jours, et la société saisit de prétexte pour ne donner aucune fête, aucun bal. Même la Pergola reste fermée cette année, ce sera désolant. Je pense que n'y resterai guère longtemps.
Ecrivez-moi quelques mots à Florence (Pa[ais] d'Hooghworst si vous avez le temps, et croyez-moi toujours votre très dévoué serviteur ?
F. de Marcuard
Il paraît que la Princesse Souvorov a tant de dettes à Nice qu'elle n'ose y venir.
Mes meilleurs remerciements pour le verre de champagne et le biscuit qui collait effectivement, j'ai eu un travail monstre pour le décoller, et lire les paroles qui se trouvaient dessus.