Journal de Marie Bashkirtseff

C'est dommage d'être vraiment ravissante quand c'est vraiment inutile, quand c'est trop tard.
Je ne peux plus travailler depuis deux jours, mais je m'occupe à des enfantillages, tels que marcher dans la boue, entrer chez Dina et jeter dans son bain (dont elle venait de sortir) tout ce qu'il y avait dans la chambre, et puis lui envoyer la Bademeïsterin; ensuite faire quereller Pincio et Prater, et faire mordre Walitsky par Pincio qui reçoit de ce fichu-animal une tape sur le museau, alors tout le monde crie contre la barbarie de Walitsky, lire les journaux qui ne parlent que des funérailles de Monsieur Thiers ce dont grand-papa fait semblant d'enrager.
Au milieu de tout cela je reçois la dépêche que voici, [manque] et qui me ranime au point de me contrarier car maman et les autres vont croire que je suis parfaitement heureuse et que c'est tout ce qu'il me faut.
Le fait est que je suis inquiète d'Alexandre, pas pour moi mais pour les miens.
J'en ai dit trop de choses pour ne pas avoir une sotte figure devant les gens de la maison si quelque changement venait à venir... C'est absurde, mais ils vont me croire honteuse, ce qui m'enragera et me rendra honteuse et tout cela et mille choses etc.
A Rome ! Quand serai-je à Rome, Mon Dieu !
Voilà mon cri nuit et jour, partout, à chaque instant !