J'ai posé chez Biensmuüller avec costume italien, mandoline et Pincio, et ensuite nous allons voir les Anitchkoff qui se sont fourrés à la campagne. Si j'y vais c'est pour faire écrire par Marie Leontievna des lettres allemandes à ma mère de Florence. La première est du directeur de l'Opéra de Vienne qui se plaint de l'enlèvement de la première chanteuse. La seconde lettre est de Mme Schulz, mère de la jeune personne. La troisième d'un sculpteur nommé Meyer qui a le malheur d'habiter sur le même palier qu'une femme légère; il se plaint d'horreurs auprès desquelles les maisons turques ne sont que plaisanteries. Alexandre a épouvanté ses enfants, sa femme malade et a brisé Psyché, une statue commandée par le roi de Hollande et le buste de la grande-duchesse Olga de Russie. Le sculpteur va jusqu'à se menacer de mort. La quatrième est de François Berron ébéniste âgé de quatre-vingt-huit ans auquel Alexandre n'a pas payé cent-quatre-vingts francs. Enfin une lettre signée de deux cents noms, ce sont les mères des deux cents danseuses car Alexandre a enlevé tout le corps du ballet et ayant pris un train spécial s'enfuit traqué par la police impériale. Nous verrons à envoyer cela de Vienne en ajoutant d'autres choses. Ce qui me réjouit c'est que c'est Marcuard qui servira de traducteur.
On sort de chez moi, on est allé chez les Anitchkoff où il y a grande réunion d'escogriffes russes. Mme Kondareff semble aimer ma société, ce qui me donne une sorte de sympathie pour elle; elle vient de s'en aller avec les autres.
Que le Bon Dieu leur donne de jouir en paix de tous les charmes des cartes et des causeries sur les numéros de la roulette.
J'écris quelques mots au commandeur pour le faire patienter pendant que Biensmüller fait la reproduction de l'image.
Amen.
J'entends Dina qui ne se couche pas avant de voir Rosalie de peur que je ne lui ai préparé quelque surprise.