Journal de Marie Bashkirtseff

Je me suis décidée d'aller à l'église malgré le désagrément que me causent tous ces Russes.
Or en sortant, comme tout le monde était là, la fameuse Mme Korsakoff qui vient finir ses jours à Nice aussi, son fils s'avisa de nous saluer, lui qui avait fort peu salué durant l'hiver. On ne répondit pas, il tenta vainement de nous aider à monter en voiture, rougit, se confondit, salua encore et s'en alla la queue si basse que j'en ris encore, de même que du célèbre Belle-de-jour, inspecteur des chiens, que j'ai rencontré me promenant dans mon char blanc.
Nous avons été chez Lefèvre, c'est une politesse.
Pensez donc, je patine si bien que j'ai patiné avec Pincio dans mes bras.
Et devant Alexandre j'ai été laide et poltronne.
Barnola est venu, puis Laurenti... j'étais toujours sortie.
Et le soir il y eut une petite réunion chez les Anitchkoff, une fille Russe a chanté, j'ai accompagné. Puis on a envoyé chercher ma mandoline, j'ai dû jouer, mais j'étais fatiguée, je ne me ranimai que pour être aimable avec Mme Yakovleff, un vieux dragon, maigre et laide, mais qui a des parents parmi les Troubetskoy, les Mouchy, et surtout qui a une parente qui va partout à Florence. Cette Mme Yakovleff est bien comme il faut, il y a un an ou deux maman a cessé d'aller chez elle, et comme le tort est à nous je vais tacher de renouer... [Deux lignes cancellées : En attendant j'aime, vous savez comment].
Nous sommes rentrées moitié chemin à pied, moi sans chapeau, en bédouin et jouant de la mandoline. Seulement devant le Café de la Victoire, il fallut se taire et ce qui m'a refroidie, c'est la rencontre de tous les magistrats de Nice à commencer par le procureur qui composaient je ne sais quelle chicane sous les arcades. A partir du Jardin Public, j'ai recommencé...
Une année à Paris...
[Deux lignes cancellées]