Journal de Marie Bashkirtseff

Et peu à peu, au troisième plat une discussion politique nous engloutit, moi et Hamsley. Ça a duré jusqu'à deux heures et demie.
D'ailleurs il était convenu qu'on veillerait jusqu'à trois heures, moment marqué pour mon départ.
Alexandre ne répondant pas à ma dépêche j'aime mieux aller le chercher que l'attendre indéfiniment.
Toute la cour (on dit cour pour désigner tous les serviteurs d'une maison) nous reconduisit jusqu'au carrosse, les voisins partirent en même temps que moi, avec [Mots noircis: Etienne accompagné] d'une calèche contenant Paul, Amélie, Chocolat sur le siège, de deux charrettes avec le bagage et précédé de Michel Hamsley à cheval sur un drochki-de course, (une planche placée sur quatre roues) avec un petit cocher et une lanterne rustique. Il s'était chargé de nous aplanir le chemin.
Il faisait très sombre et à chaque pas on rencontrait des chariots chargés de blé qui encombraient le chemin.
Au milieu du chemin je pris Hamsley chez moi.
Stiopa s'endormit et Hamsley tombait de sommeil mais je lui faisais un tas de questions, auxquelles il répondait en faisant des efforts inouïs.
Il a fallu attendre une heure à la gare, par un froid de lever de soleil.
[Dans la marge: La distance jusqu'à la station est de vingt verstes.]
Je pars accompagnée de Paul qui me sert très bien.