Journal de Marie Bashkirtseff

L'idée de revoir mon père, cet homme méchant, irrité, prévenu, qui n'a jamais été qu'impertinent avec moi et avec lequel j'ai été de même du reste. Réussirai-je ? Chi lo sa ? Deo juvante.
Cet animal de Folon ayant encore manqué de venir prendre mesure des glaces, je dus sortir et, une fois sortie, je consentis à entendre la belle musique du Jardin. D'autant plus que MM. Galula, Audiffret, Gautier, s'y trouvaient au complet. Mais tant de fois les miens m'ont dit les avoir vus sans qu'ils se fussent approchés que je n'attendais personne, quand Galula vint. Je pris mon air agréable car Danesi et del Borgo - deux hommes mariés mais deux Italiens - étaient derrière notre voiture. Au bout de quelque temps, à mon grand étonnement, Gautier et Audiffret vinrent auprès de la portière. Audiffret pâle, voûté, fatigué, misérable. Ayant rougi avant leur arrivée, je ne rougis pas, au moment. Ma tante demanda au Surprenant * s'il connaissait Alexandre de Larderei. Comment donc ! On parla de ce garçon toqué, je parlai de son teint, si beau et si pâle.
Je me sentais la figure reposée et jolie aussi, je me conduisais simplement et avec beaucoup de grâce ce qui m'arrivait rarement en présence du malheureux qui pourrira. J'adressai pour la plupart la parole au beau Gautier, à l'illustre Pepino qui est devenu barbu comme un singe. D'ailleurs nous et ces messieurs nous semblions assez mal à l'aise, comme des gens qui ne savent pas en quels termes ils sont les uns avec les autres. Quel dommage qu'il n'y ait ni Collignon ni les Sapogenikoff, elles crèveraient d'envie. En effet, c'était un bonheur enviable que la politesse de ces faquins.
Gautier ne faisait que découvrir des petites bêtes sur nos robes et les chasser et Audiffret faisait de l'esprit sur « le jeune homme aux fourmis ». - Mon Dieu, dit ma tante en faisant sauter un de ces insectes de son ruban, combien de bêtes il y a ce soir ! - Vous entendez, dit Audiffret en riant, c'est à notre adresse. - Oui, dit Gautier en serrant les lèvres, il y a beaucoup de bêtes, il n'y a que ça. [//]: # ( 2025-07-19T21:35:00 RSR: Entry extracted from book 8 raw carnet, lines 6392-6416. FATHER REUNION ANXIETY: Describes father as "méchant, irrité, prévenu" - their mutual impertinence. Uncertain about success. GARDEN CONCERT ENCOUNTER: Folon fails again with mirror measurements. At garden concert, encounters complete Nice society - Galula, Audiffret, Gautier. Audiffret appears "pâle, voûté, fatigué, misérable." Marie feels composed and graceful. Conversation about Alexandre de Larderei's pale complexion. SOCIAL AWKWARDNESS: Everyone uncomfortable, not knowing their mutual standing. Playful banter about insects on clothes - Audiffret jokes about being "bêtes" when aunt complains about bugs. Marie's satisfaction at being noticed by these "faquins" while Collignon and Sapogenikoff absent to witness her social success. Entry shows Marie's strategic social positioning before departure. )