Samedi 11 septembre 1875
Je dejeune comme il y a longtemps et il me semble que je n'ai rien mange.
Je me depeche, je brule, je voudrais vite etre a Florence, vite revenir, vite faire tout arranger, vite passer l'hiver a Rome. Tout vite.
Au revoir chere ville de mon coeur !
A trois heures je la quitte, a Ventimiglia un accident assez desagreable, Gaslina le peintre qui a manque mon portrait l'hiver avant-dernier s'approche de nous, fait l'aimable et se met dans notre wagon. Vous voyez d'ici combien cela m'a fait plaisir !
Avoir ce chien de peintre pendant six heures devant moi, mais je ne me genai pas, je me mis dans mon coin et lis tout le temps, ne me melant que rarement a la conversation que ma tante faisait avec lui.
J'arrive a Genes...
- Ca y est, c'est comme un coup de foudre comme on dit chez Offenbach, je suis amoureuse de l'Italie, de cette Italie que je detestais. C'est comme cela ! Je parle italien avec rage !
Nous descendons a l'hotel de France, je suis enchantee de tout.
Ces palais anciens avec leurs fenetres immenses, leurs balcons ! Notre hotel meme, notre chambre a une delicieuse fenetre grande comme on n'a pas idee en France, avec une balustrade poetique.
Tout en blanc je me mis a la fenetre, il faudrait une serenade, mais non, au lieu de cela, passent des matelots anglais ivres en chantant je ne sais plus quelle chanson barbare. N'importe je suis enchantee tout de meme.