Journal de Marie Bashkirtseff

(Oh ! que je suis jolie ce soir).
A quatre heures nous sortons, moi, Dina, Marie et Olga.
Il y a musique. Nous sommes convenues de ne pas regarder Terffidua.
Il avait l'air de nous poursuivre ce qui faisait pâmer de bonheur mes trois compagnes, et ce qui m'amusait assez, moi.
Il semble que Collignon n'était jamais absente.
Je suis si amoureuse de Johnstone que j'en parle à tout propos, et ma tante se fâche. Ce soir j'énumérais les hommes que je trouvais beaux je n'ai pas nommé Hamilton, Marie l'a nommé:
- Non, celui-là n'est pas beau.
- Vous êtes folle ! me dit rudement ma tante.
Je vais avec Collignon dans divers endroits, j'ai dans la tête de meubler le premier du pavillon et d'en faire ma bibliothèque et de prendre la cuisine du même pavillon et d'en faire mon laboratoire de chimie. Une véritable cave d'alchimiste !
Le soir au Français (robe prince de Galles, bien) je nomme cette robe paille, prince de Galles parce que je l'avais le soir où le prince était au théâtre. Non ! Non ! Je la nomme Archiduc, Archiduc me rappellera le prince et la pièce que j'aime à cause de lui (robe Archiduc, bien).
Walitsky et Olga viennent. On donne "La Périchole" et "Les Saltimbanques".
Je commençais à m'ennuyer sérieusement lorsqu'arrivé-rent lord et lady Folkner, lord Loftus et encore un, et au parterre Audiffer etc.
Presque tout le temps je me cachais sous l'éventail à cause de la rampe et puis le petit paysan ne me plaît plus, il a les joues ridées au soleil et ses dédains m'ont fatiguée. Comment ! jusqu'à présent ne pas s'être présenté ! Ce sont de véritables dédains. Que le diable l'emporte mais je voudrais me venger.
Nous partons pendant le dernier entracte. Le paysan sort en même temps que nous et me regarde beaucoup pendant que nous attendions la voiture et il m'a semblé entendre mais très clairement:
- Elle est avec les Sapogenikoff.
Je me trompe sans doute.