Lundi, 1 mars 1875 A onze heures et demie je pars pour San Remo avec Nadinka et ses enfants, Sacha est parti hier (robe grise, bien). Nadinka me demandait toutes sortes de renseignements durant le voyage, je répondais à peine, pensant à Hamilton et à mon doigt. Je me suis foulée le doigt, hier matin et cela m'inquiète fort. A deux heures je crois nous arrivons. Maman loge à l'hôtel de San Remo au deuxième pour être près de Botkine qui la vient voir tous les jours. Je la trouve mieux qu'à Nice, la première chose que je fis c'était de regarder ses gencives dont la pâleur m'a si fort effrayée au moment de son départ. Je me déshabillai et mis le peignoir de cachemire blanc brodé de maman puis m'installai près du lit. Vers six heures arrive ma tante et nous passons la soirée chez maman parlant de mille choses. Les chambres et les lits surtout sont exécrables. O Italie, Italie quand donc pourra-t-on dormir confortablement sous ton ciel toujours bleu ! Quant au manger il ne faut pas y songer et sans le pain du boulanger russe qui est ici pour l'impératrice et ces omelettes que nous faisons nous-mêmes dans la cheminée on mourrait de faim.