Samedi, 6 février 1875
J'ai acheté deux boucles de cheveux plus longues que la taille, à la Gioia, et vais me les attacher. Sur la tête je ne veux mettre que mes cheveux, mais laisser flotter sur le dos des faux ne fait pas de mal.
Il fait horriblement froid, je suis gelée.
Aujourd'hui au square Masséna, il y a la vente de charité, comme l'an dernier, mais l'an dernier la princesse Souvoroff présidait; (robe grise et chapeau bien). Il y a foule, mais personne d'intéressant, il facchino est près de Somaglia et la comtesse del Verme.
Bihovetz était presque tout le temps avec nous. Il est inutile de dire qu'après chacune de ces réunions je suis au désespoir et notre isolement me tue.
Mon Dieu, Mon Dieu, ayez pitié de moi.
J'étais avec ma tante en grande toilette, le landau étant chez le décorateur des voitures pour le Carnaval, nous retournons à pied.
Madame Sapogenikoff a loué la maison, n 68, rue de France toute entière avec jardin. J'espère qu elle y sera bien pauvre femme. Après tant de richesses, vivre pour mille francs par mois !
Je n'ai pas mis les boucles fausses et me suis coiffée comme à l'ordinaire, j'ai horreur du faux.
[Rayé: Dimanche 7 février 1875]
Les Durand avaient de belles toilettes et Lucie est la demoiselle des plus en vogue. J'attacherai à cette feuille le compte rendu du journal.
Nous avons parlé avec M. et Mme de Camprien, Mme de Mouzay et Zoé qui vendait des fleurs à côté des Howard. Hélène plus mal habillée que jamais, est devenue presque laide, toutes deux ont de si fatales tournures. Des Anglais, deuxième qualité. Et moi, qui il y a un an, les trouvais belles jusqu'à les envier !
Danis, au service du buffet de Mme Prodgers, nous a offert du thé, nous refusâmes, alors il se plaça en face de nous et séparé par quelques plantes au mince feuillage et resta là pendant que nous étions près de Mme de Camprien.
Arnim était là, Audiffer aussi, mais il a un vilain teint et une laide peau, cette fois, donc il n'a rien, il existait pour son teint.
Quand je me dis qu'il m'avait paru bien, je m'étonne grandement.
Les pauvres regrettreront la belle princesse, la tombola même était en détresse et vers cinq heures Gros battit du tambour, Petit-Paul frappa dans un tambourin* et la comtesse del Borgo qui tournait la roue, se mit à crier de sa petite voix: Approchez, approchez, messieurs ! après ce fut un hourra général et nous sortîmes.
Il y avait de belles toilettes, surtout au pavillon Somaglia, del Verme et facchino.
La figure moutonne de Macainne sous un bonnet blanc à rubans roses, était détestable, et sa taille, sous une robe noire et un tablier blanc ignoble.
La plus jolie était la petite Denysson.
Cette année nous sommes plus enfermées que jamais, avant maman allait aux bals, presque partout, cette fois nulle part.
Oh que je rage !
Pardonnez-le moi mon Dieu, mais bien réellement je souffre et je suis malheureuse.