Sunday, 9 March 1884
What is to be done? It is raining. So few days remain that I think I shall make an outdoor portrait — hat and gloves — it will go very quickly...# Dimanche 9 mars 1884
Monday, 10 March 1884
It is begun and not bad. Claire in a hat, etc., outdoors; she has a great deal of character and poses well.Enfin-
Enfin-
Mon excessive imagination m'a fait faire avant dîner un voyage en Palestine avec Bastien, car j'irai en Palestine en octobre prochain.
Enfin j'ai envoyé prendre des nouvelles de ce vieux malade, il va mieux. On vient de me le dire par le porte-voix, en entendant siffler j'ai deviné qu'il s'agissait de ce peintre, car il ne vient personne après dîner dont l'arrivée puisse m'intéresser... Et le temps d'aller de la bibliothèque jusqu'au porte-voix qui est dans l'atelier... une émotion à avoir le front et le menton humides. Et pourquoi ? Ce n'est pas l'inquiétude, je ne suis ni inquiète de la santé de qui que ce soit car la mort même... n'est pas un malheur, ni... Alors c'est que je suis fatiguée, et j'y pense continuellement et il est devenu l'objet de mes rêves et en somme je m'en fiche.
Non, ces fièvres, ces inquiétudes, ces forces... ne doivent pas se résoudre en un bête d'amour quelconque mais bien en une grande œuvre. Je ferai des études et un tableau et au mois d'octobre j'irai en Palestine et je ferai mes Saintes femmes...
Cette imbécile de Rosalie croit que je puis être inquiète de la santé de Jules et elle s'est dépêchée de me dire qu'il va mieux.
Tuesday, 11 March 1884
It is raining.Mardi 11 mars 1884
Ce n'est pas seulement cela... mais je vais mal. Tout ça est si injuste. Le ciel m'accable...
Enfin je suis encore à un âge où l'on trouve de l'ivresse même à mourir. Il me semble que personne n'aime autant *tout* que moi. Art, musique, peinture, livres, monde, robes, luxe, bruit, calme, rires, tristesses, mélancolie, blague, amour, froid; soleil, toutes les saisons. Tous les états atmosphériques, les plaines calmes de la Russie et les montagnes autour de Naples; la neige en hiver, les pluies d'automne, le printemps et ses folies, les tranquilles journées d'été et les belles nuits avec des étoiles brillantes...
J'adore et j'admire tout, tout se présente à moi sous les aspects intéressants ou sublimes, je voudrais tout voir, tout avoir, tout embrasser, me confondre avec tout et mourir puisqu'il le faut dans deux ans ou dans trente ans, mourir avec extase pour expérimenter ce dernier mystère, cette fin de tout ou ce recommencement divin.
Cet amour universel n'est pas une sensation de poitrinaire, j'ai toujours été ainsi et je me souviens il y a dix ans juste j'écrivais (1874) après avoir énuméré les charmes des saisons divers: en vain je voudrais choisir, toutes les saisons sont belles, toute l'année... toute la vie ! Il faut tout ! Le reste ne suffit pas, il faut la nature devant elle tout est misérable !
"Enfin tout dans la vie me plait, je trouve tout agréable et tout en demandant le bonheur je me trouve heureuse d'être misérable. Mon corps pleure et crie mais quelque chose qui est au-dessus de moi se réjouit de vivre, quand même." (septembre 1875)
Je comprends tout [et me remets] avec tout ce qui est remarquable... mais je vais mourir. Les enfants qui ont trop d'esprit meurent jeunes...
Tony dîne ici ce soir, il dit que mes gamins intitué: Un Metting, ont beaucoup gagné et qu'en somme c'est sérieusement bien et que ça comptera au salon.
Ce brave et bon Tony m'a fait un petit discours sur le peu de confiance que j'ai en lui et sur mes tendances modernes auxquelles il est loin de s'opposer, je suis sans aucun parti-pris dit-il en souriant, je puis être poncif mais je puis aussi donner des avis utiles car en somme il y a des principes immuables etc.
— Mais pourquoi me dites-vous tout cela Monsieur ?