Tuesday, 20 November 1883
Does he love me? One asks that of a book — a random page, the 3rd or 4th or 20th line to the right... And if the oracle gives a favourable answer, one believes it.1 Is that not foolish?After that great turkey Léonie, who speaks of her sorrows with so tranquil an air, I go to see that great simpleton Gabriel.
He does everything he can... but it will not take.
He bores me, this aurea mediocritas;2 there is no interest, what can I say to him, and to what end? He is as good as can be, the best of his kind; he even has warmth of heart, I believe. In any case... But he does not exist for me — and I add: unfortunately.
Oh! To be stupid! To be beautiful and stupid — that is what I should wish for my daughter.
Beautiful and stupid, with a few principles to keep from going to the dogs.
I should like to know whether this journal gives the impression of a truly superior creature? A creature who would have the right to speak as I do, who takes in society an amiable and protective tone and suffers from the inanities she is obliged to hear... ???
I look for a comparison between the men who do not exist and the others... Two bottles identical to the eye, one weighs them in one's hand; one is heavy and the other light... And it is that surprise — felt by the hand that had not expected the difference in weight — that you understand. One takes the lighter bottle, swings it in a windmill and tosses it out the window...
This evening we go to see the Invisibles3 — a great many things viewed through an enormous microscope.
The family and Géry only. This young man tries to impress me by remaining seated behind me in the darkened theatre, at the back of the dark box, and as I lean forward often to see better he contrives to brush my back with his paws, his nose, or his shoulder. And as I deliberately passed my hand before his face he kissed it. So I told him I should pinch him if he did not behave. He even breathed on my neck while touching with his diplomatic lips the fabric of my bodice at the shoulder. I pretended to feel nothing. We are good friends... And so that he does not think too much of himself... I say in front of everyone in the carriage that this Géry was behind me the whole time and that I could not move without running into him, and that I even gave him a punch — which is true.
And while they were showing us a piece of cheese with creatures the size of rabbits, and it was very dark in the box, and this charming young man felt that perhaps I was not avoiding him quite enough — while not avoiding him quite enough, I turned [words blackened: towards this] great seducer with a look and a grimace conveying clearly: "You know, my little one — you do not exist."
He inspires me to the sort of conversations that the girls in La Vie Parisienne4 might have; I am tempted to appear scatter-brained, even vicious, to this young suitor.
Observe to what happiness is reduced... He is a tall dark diplomat; put in his place a small blond painter... what a difference.
But with the small blond painter... what I have just written means nothing. With the other it would not be like that. There is no connection.
Catherine II, my dear Catherine II. For five minutes — and not even that.
M'aime-t-il ? On demande cela à un livre, une page au hasard, 3 ou 4 ou 20ème ligne à droite... Et si l'oracle répond bien on y croit. Est-ce Bête ? Après cette grande dinde de Léonie qui parle de ses chagrins avec un air si tranquille, je vais voir ce grand serin de Gabriel. Il fait tout ce qu'il peut... mais ça ne prendra pas. Il m'ennuie cet aurea mediocritas, il n'y a aucun intérêt, qu'est-ce que je peux lui dire et à quoi bon ? Il est aussi bien que possible, c'est ce qu'on fait de mieux dans son genre, il a même du cœur je crois. Enfin... Mais ça n'existe pas pour moi, et j'ajoute malheureusement Oh ! être bête ! Etre belle et bête voilà ce que je souhaiterais à ma fille. Belle et bête et quelques principes pour ne pas se perdre. Je voudrais savoir si ce journal donne l'idée d'une créature vraiment supérieure ? Une créature qui aurait le droit de parler comme je le fais, qui prend dans le monde un ton aimabe et protecteur et qui souffre des niaiseries qu'elle est obligée d'entendre... ??? Je cherche une comparaison entre les hommes qui n'existent pas et les autres... Deux bouteilles semblables à l'œil, on les soupèse; l'une d'elle est lourde et l'autre légère... Or c'est cette surprise qu'éprouve la main qui ne s'attendait pas à la différence du poids, vous comprenez. On prend la plus légère, on fait le moulinet avec et on la jette par la fenêtre... Nous allons ce soir voir les invisibles, ce sont des tas de choses vues à travers un microscope énorme. La famille et Géry seulement. Ce jeune homme essaye de m'impressionner en restant assis derrière moi dans ce théâtre noir au fond de la loge noire, et comme je me penche souvent pour mieux voir il s'arrange de façon à me frôler le dos avec ses pattes, son nez ou son épaule. Et comme je faisais exprès passer ma main devant sa figure il me l'a baisée. Alors je lui ai dit que je le pincerais s'il ne se tenait tranquille. Il a même tout en me soufflant sur la nuque effleuré de sa bouche diplomatique le drap de mon corsage sur l'épaule. J'ai fait semblant de ne rien sentir. Nous sommes bons camarades... Et pour qu'il ne pense rien de trop... je dis devant tout le monde en voiture que ce Géry était tout le temps derrière moi et que je [ne] pouvais pas bouger sans me cogner à sa personne et que je lui ai même donné un coup de poing, ce qui est vrai. Et pendant que l'on nous montrait un morceau de fromage avec des bêtes grosses commes des lapins et qu'il faisait très sombre dans la loge et que ce charmant garçon sentait que je ne l'évitais pas assez peut-être, tout en ne l'évitant pas assez je me retournais [Mots noircis: vers ce] grand séducteur avec un regard et une grimace signifiant nettement: - tu sais mon petit, tu n'existes pas. Il m'inspire des conversations comme en tiennent les jeunes filles de la Vie Parisienne, j'ai envie de me montrer écervelée, vicieuse même à ce jeune prétendant. Voyez à quoi tient le bonheur... C'est un grand diplomate noir, mettez à sa place un petit peintre blond... quel changement. Mais avec le petit peintre blond... ce que je viens d'écrire ne signifie rien, avec l'autre ce ne serait pas comme ça. Ça n'a aucun rapport- Catherine II, ma chère Catherine II. Pour cinq minutes et pas même.