Thursday, 1 March 1883
C'est vraiment un homme désagréable et méchant que mon père. Il est possible que sa maladie en soit cause, pourtant il me semble bien qu'il n'a pas changé. Ce qui est curieux c'est qu'il paraît contrarié et mécontent de nous voir des relations à Paris, il voudrait humilier et détruire tous nos amis et avec un toupet à la Julian, il glorifie les trois vieux bourgeois et les cinq vieilles ou jeunes sottes de ce trou qu'on appelle Poltava. On ne devrait pas répondre à ces absurdités, aussi c'est ce que je fais. Mais il manque vraiment de délicatesse et il ne manque certainement pas de perfidie en se plaignant devant sa sœur qu'il est envahi, (il a un étage à lui) qu'il ne peut rester tranquille un instant et que nous courons la langue pendante après les soirées. C'est idiot sans doute mais je ne puis souffrir [Mots noircis: ces façons] inconvenantes. Nous ne nous devons rien [Rayé: et on ne devrait] et une certaine politesse serait bien venue. Ce que j'admire toujours c'est ce qu'on appelle le toupet. C'est peut-être parce que ce soit pour des plaisanteries j'en manque totalement.
Cet homme choyé, dorloté, auprès de qui chacun s'empresse comme si... Eh bien il est arrogant, cassant, impertinent... Et en voyant ces façons on plie. Pas moi, moi je me retire... Mais les autres... Car c'est le raisonnement de la fable... [Mots noircis: En voyant] prendre un ton impertinent on fini par croire qu'il en a le droit.
La vie n'est qu'un tissu de misères, pas pour tous.
Mes yeux m'inquiètent, surtout l'œil droit, grand-papa a eu la cataracte sur l'œil droit et j'ai l'idée que moi aussi. Je l'ai fait examiner par un docteur, seulement je l'ai prié de ne me rien dire s'il y avait quelque chose de grave et il m'a dit que ce n'est qu'un peu de myopie. Un peu il est bien bon. Je vois d'un tiers moins loin que tout le monde et avec l'œil droit plus de la moitié... Ou moins de la moitié. Il n'y aurait plus qu'à mourir... Et cette fois pour de bon.