Wednesday, 18 October 1882
[Nous nous agitons beaucoup au sujet de l'absence obstinée de Michka et l'on n'ose pas aller chercher les Pomar puisqu'ils ont promis leur visite pour un de ces jours et qu'il serait ridicule de montrer trop d'impatience. Il ne faut avoir l'air de rien, mais il y a la chasse et il faut leur coopération et comme c'est dimanche, Paul et Garnitsky s'en vont [à] Dikanka, chez les petits princes, car il faut du temps pour organiser la battue, et les filets et un tas de choses compliqués, c'est dans leur forêt qu'on chasse; vous savez ces chasses sont énormes, il y aura peut-être mille paysans et les filets entoureront plusieurs kilomètres de bois, la police est prévenue et la chasse officielle est remise à cause de celle de papa car on chasse de par la loi dans le forêts de la couronne, je n'ai pas le temps de vous expliquer tout cela car je suis sous l'impression de la scène de ce matin entre Paul et son épouse. Cette femme est bête, sale, mal élevée, et laide car elle a des dents affreuses dont il manque une sur le devant; le corps est avachi, elle n'a pas le moindre charme... Mais tout ça ne serait rien si elle était douce, bonne et simple. Elle est tracassière et imbue de sa supériorité.]
[Elle a fini par dire que Paul était un mauvais père, qu'elle ne pouvait avoir de l'expérience n'en étant qu'à son second enfant et n'en ayant jamais eu avant et que c'était à lui de veiller sur les nourrices, le plus ou moins de chaleur du bain (?) enfin... Que sais-je des choses tellement diffuses et des griefs tellement dépourvus de consistance que ça me fait l'effet d'un nuage de fumée qui agacerait horriblement les nerfs. Elle fait l'enfant; pourtant une femme de vingt-quatre ou vingt-cinq ans, une mère, doit en savoir plus long qu'un gamin de vingt-trois ans.]
[Et c'est mal tenu et c'est malpropre.]
[Et la maison est grande pourtant car ils logent dans la maison rouge à présent. Ce pauvre gros Paul tâchait de le prendre en riant et d'adoucir les angles devant nous pour que nous ne puissions lui dire: que t'avions-nous dit ? Il dit à tout propos qu'il adore sa femme et qu'il est parfaitement heureux, il le dit trop. Et elle exagère son amour pour les enfants, elle dit des tendresses... Enfin ça m'a gênée comme quelque chose qui sonne faux.]
[Paul est le meilleur mari du monde. Il n'a pas reçu un sous de dot, et tout ce que lui a donné maman est dépensé pour sa femme et ses enfants, il ne dépense rien pour lui et ne pense qu'aux siens, à vingt-deux ou vingt-trois à peine; Moi je suis très tendre pour madame, être autrement serait maladroit et puis je ne veux me mêler de rien, seulement je le dis ici et la princesse qui est aussi étrangère que moi à ces choses est de mon avis. Non, il fallait l'entendre, elle a écrit une lettre à Paul pour lui dire qu'elle ira chez son père avec ses enfants. Et ça parce que la nourrice du garçon paraît triste, que Paul n'y peut rien et qu'elle craint que le lait ne devienne mauvais. Enfin si vous aviez été là vous auriez cru que les deux bébés ont été estropiés ou morts par la négligence de Paul. Et tous les deux se portaient à ravir. Et elle...]