Diary of Marie Bashkirtseff

Julian's note called for paper with my name on it, adding: a pupil of the studio — and someone underlined. But this journalist perhaps had someone interesting there, or some affair... As for Julian, we quarrelled again for an hour only to arrive at the same opinion — and we had even started there, except that our eloquence always makes us wander, and the subject is always my work, my art, my impatience, my calculations, etc., etc. He says I scatter myself — that at my artistic age one has one's nose buried in one's work and does not think about paintings; I wanted to make him say it. He tells me again that he rates me above Breslau; he reminds me with what painful efforts she won her medal (studio medal) and found her way in her painting, with what suffering, what tenacity. And that I must work and not consume myself in premature ambitions.

[Le mot de Julian demandait du papier disant mon nom et ajoutant: c'est une élève de l'atelier et quelqu'un souligné. Mais ce journaliste avait peut-être quelqu'un d'intéressant ou une affaire... Quant à Julian, nous nous sommes encore disputés pendant une heure pour en arriver à être du même avis et nous avions même commencé par là, seulement notre éloquence nous fait toujours divaguer et le sujet c'est toujours mon travail, mon art, mes impatiences, mes calculs etc. etc. Il dit que je m'éparpille, qu'à mon âge artistique on a le nez fourré dans son travail et l'on ne songe pas aux tableaux, je voulais le lui faire dire. Il me répète encore qu'il m'estimait au dessus de Breslau, il me rappelle avec quels efforts pénibles elle a eu sa médaille... (d'atelier) et s'est débrouillée dans sa peinture, avec quelles peines, quelle ténacité. Et que je dois travailler et ne pas me consumer en tentations prématurées.]

It is quite true — and it is very hard.

[C'est bien vrai, il est bien dur.]

One must be mad to count on a miracle that is to make me paint a picture beyond my powers... Since even by my own calculations I have a year and a half before reaching Breslau-1881. Yes, it is quite true — but it is very hard. In short Julian explained to me by what succession of efforts, what patience, what continuity of work those who wish to arrive...

[Il faut être folle pour compter sur un miracle qui doit me faire faire un tableau au delà de mon pouvoir... Puisque même d'après mes calculs, j'ai un an et demi avant d'en être au Breslau-1881 ? Oui c'est bien vrai, mais c'est bien dur. Enfin Julian m'a expliqué par quelle suite d'efforts, par quelle patience, quelle continuité de travail ceux qui veulent arriver...]

It seems to me that I was doing everything... Yet no — since Tony too says I am not doing as one must. They are right, but it is very hard. Yes, it is hard not to

[Il me semble que je faisais tout... Pourtant non, puisque Tony aussi dit que je ne fais pas comme il faut faire. Ils ont raison, mais c'est bien dur. Oui, c'est dur de ne pas]

[Pages 121 to 124 torn out]

[[Feuillets 121 à 124 arrachés]]

[Bottom of page 124]... which I take with serenity... It is true I have that feeling — it seems to me it is only a question of time... Provided he is not too old... Too occupied with real things, too far removed from all the poetry that I alone shall have... That is what Julian says... That is what I think... In short, as long as he was not married I might have fears, misgivings... But it is done — there is nothing more to dread...

[[bas de la page 124]... que prends avec sérénité... C'est vrai que j'ai ce sentiment-là, il me semble que ce n'est qu'une question de temps... Pourvu qu'il ne soit pas trop vieux... Trop occupé de choses réelles, trop sorti de toutes les poésies que j'aurai que cela moi... C'est ce que dit Julian... C'est ce que je pense... Enfin tant qu'il n'était pas marié je pouvais avoir des craintes, des inquiétudes... Mais c'est fait, il n'y a plus rien à redouter...]

I am like someone saying: my leg has been cut off — I shall feel it no more... One can only wait for the moment, or else... Arrive at the conviction that it was not yet the thing, and that I have not yet met the One who is to be. When Julian speaks to me of him it seems... In the end all of this returns and I believe it is eternal... Yet how then to explain that I am so calm... In books, one suffers... I never see him, and I wait with a tranquillity...

[J'ai l'air de dire: ma jambe est coupée, je n'y aurai plus mal... Il n'y a qu'à attendre le moment ou bien... En arriver à cette conviction que ce n'était pas encore cela et que je n'ai pas encore rencontré Celui qui doit être. Quand Julian m'en parle il me semble... Enfin tout cela revient et je crois bien que c'est éternel... Pourtant comment expliquer alors que je sois si tranquille... Dans les livres, on souffre... Moi je le vois jamais et j'attends avec une tranquillté...]

It is this Julian who, by making me speak of it, gives all these reveries a semblance of reality. So Julian is my confidant — the only one in the world — although there is perhaps not in him all the elevation and depth with which I would wish to be understood... I doubt him because he has several times seemed to believe certain things possible... In short, that if Cassagnac had wished it he could have done anything with me. "He would have made you leave your room at midnight." Yes — but I should have despised him. Yes — because I had in him every confidence, and shall have it again, and it is perhaps because I am of a purer essence than others. If he had told me to go sleep beside him I should have seen nothing in it but sleeping truly — and that, leaning on his shoulder as on a sacred altar. Besides, I like to pass very close to what would be soiling or fatal, from which I believe myself preserved by my pride. I do not wish to be supposed like everyone else... And often, alas, I have seemed to acquiesce in conversations or suppositions by affecting not to understand and not to admit the possibility...

[C'est ce Julian qui en m'en faisant parler donne à toutes ces rêveries un semblant de réalité. Donc Julian est mon confident, le seul au monde bien qu'il n'y ait peut-être pas en lui toute la hauteur et toute la profondeur avec laquelle je voudrais être comprise... Je doute de lui parce qu'il a eu plusieurs fois l'air de croire possible des choses... Enfin que si Cassagnac avait voulu il aurait pu faire tout de moi. Il vous aurait fait quitter votre chambre à minuit. Oui, mais je l'aurais méprisé. Oui, parce que j'avais en lui toutes les confiances et que je les aurai encore et que c'est peut-être parce que je suis d'une essence plus pure que les autres. Il m'aurait dit d'aller dormir à côté de lui que je n'y verrais pas autre chose que de dormir véritablement et encore appuyée à son épaule comme à un autel sacré. Du reste j'aime bien passer tout près de ce qui serait salissant ou fatal et dont je me crois préservée par mon orgueil. Je ne veux pas admettre qu'on me suppose comme tout le monde... Et souvent hélas j'ai eu l'air d'acquiescer à des conversations ou des suppositions en prenant l'air de ne pas comprendre et de ne pas admettre la possibilité...]

So I am quite willing that people should say I am mad and that my extravagances be understood as such — but not as ordinary, natural acts.

[Ainsi je veux bien qu'on dise que je suis folle et que mes extravagances soient comprises comme telles mais non comme des actes ordinaires et naturels.]

I see at every moment that it is not so in real life, and I cannot lose my illusions... Now this Orleanist Tony understands, I believe, that aspect which perhaps escapes Julian — I say Orleanist figuratively... For he is of a dullness — No! It is extraordinary how that fellow has squandered an existence that could have been splendid. Son of an illustrious father, he found himself quite naturally in a propitious, brilliant and admirable milieu. He himself had sufficient talent to occupy one of the foremost places in the world of arts. With that, handsome as one rarely is — Médaille d'honneur at thirty-two. Everything, in short... And what has he made of it?

[Je vois à chaque instant qu'il n'en est pas ainsi dans la vie réelle et je ne puis perdre mes illusions... Tenez cet orléaniste de Tony comprend je crois ce côté qui échappe peut-être à Julian-Je dis orléaniste au figuré... Car il est d'un terne, Non ! C'est extraordinaire, comme ce garçon a gaspillé une existence qui aurait pu être splendide. Fils d'un père illustre il s'est trouvé tout naturellement dans un milieu propice, brillant et admirable. Lui-même a eu assez de talent pour occuper une des premières places dans le monde des arts. Avec cela beau comme on l'est rarement, médaille d'honneur à trente-deux ans. Tout enfin... Et qu'en a-t-il fait ?]

What sums it all up is that at forty-four or five — looking no more than thirty-five at most — he wears white cotton socks and felt slippers! And that at home, amid all the poetry an artist's studio might have. No adventures with society women, no love affairs with beautiful creatures... He attaches himself like an ugly old man to little hussies who mock him, and has for the present a habitude! For little Reine — the most insignificant, most insipid of streetwalkers — a kind of tobacco jar with a dead piglet's face, with every bourgeois appearance and... complete amenities for the first pimp who comes along.

[Ce qui résume tout c'est qu'à quarante-quatre ou cinq ans, n'en paraissant que trente-cinq au plus, il porte des chaussettes de coton blanc et des pantouffles en feutre ! Et ça chez lui, au milieu de toutes les poésies que pourrait avoir un atelier. Ni aventures avec des femmes du monde, ni amours avec de belles créatures... Il s'attache comme un vieillard laid à des petites gredines qui se moquent de lui et a pour l'heure une habitude ! Pour la petite Reine la plus insignifiante, plus insipide des rouleuses, une espèce de pot à tabac à face de petit cochon mort qui a toutes les apparences bourgeoises et des... amabilités complètes pour les premiers Alphonse venus.]

It is Irma who keeps me informed of these pleasant things. Well, Irma one can understand — she is funny, wily, vicious, gay; or at least take beautiful creatures, but that!...

[C'est Irma qui me met au courant de ces jolies choses. Enfin Irma ça se comprend, elle est drôle, rouée, vicieuse, gaie, ou bien prenez de belles bêtes mais ça !...]

Julian understands nothing of it, and I, while noting that he is a mouldy, old-school, forgotten fellow, [Crossed out: see] him a little... beyond — with more indulgent eyes. With a little poetry one could discover there a delicate nature, very naïve, young despite the years, suffering from the lack of assurance that relegates him to second place. Very much an artist — he adores verse and speaks of it a little like Prudhomme... Like everything else, for that matter... In short, a sentimental foundation I find rather pleasant. There must be, in his naïve and in some way respectful attachments to little horrors, a great need for tenderness... He must choose them calm and colourless, believing he will find more... virtue, more innocence than in beautiful, gay, fickle girls.

[Julian n'y comprend rien et moi tout en constatant que c'est un garçon moisi, vieille école et oublié, je le [Mot noirci: vois] un peu... au delà--- avec des yeux plus indulgents--- Avec un peu de poésie on pourrait découvrir là une nature délicate, très naïve, jeune malgré les années et souffrant du manque d'aplomb qui le relègue au second plan. Très artiste, il adore les vers et en parle un peu en Prudhon... Comme de tout du reste... En somme un fond sentimental qui me plaît assez. Il doit y avoir dans ses attachements naïfs et en quelque sorte respectueux pour des petites horreurs, un grand besoin de tendresses... Il doit les prendre calmes et ternes croyant trouver plus de... vertu, plus d'innocence que dans de belles filles gaies et changeantes.]

And in sum he must know well enough that Reine or an equivalent are equally fickle... It seems he has known it, has wept over it, and has gone back.

[Et en somme il doit bien savoir que Reine ou une équivalente sont aussi changeantes... Il paraît qu'il l'a su, qu'il en a pleuré et qu'il y est retourné.]

Irma says he is like an old man morally at least... I hope so... For his sake. If I were twelve — one of those twelve would go and concern herself with that fellow and make sentiment with him.

[Irma dit qu'il est comme un vieillard au moral du moins... Je l'espère... Pour lui. Si j'étais *douze,* une de ces douze irait s'occuper de [ce] garçon et faire du sentiment avec lui.]

I am sure he would have impulses, tenderness, charmed words that would be charming — and at the same time Prudhommesque things that would destroy the charm... I think... I am always obliged to say I think or it seems to me — being neither an author who invents nor a woman who has lived; so I think that an unhappy man can easily be interesting: he suffers — to console is adorable! But once consoled, what drew you toward him no longer exists; having become happy, content, gay, it is very difficult for him not to be vulgar, or at least not to wound you by some manifestation of gaiety or contentment that removes the poetic cachet from your devotion, which ceases to be mission, charity, heaven, and becomes a simple association with a man like others who, having no more sighs or tears, becomes less than others by the very fact that... What is sad is that my fisherman is not good and I am tired of it... One wonders... In 1880 would Breslau have succeeded at so difficult a plein air?

[Je suis sûre qu'il aurait des élans, des tendresses, des paroles charmées qui seraient charmants et en même temps des choses prudhommesques qui détruiraient le charme... Je crois... je suis toujours obligée de dire: je crois ou *il me semble* n'étant ni un auteur qui invente ni une femme qui a vécu, donc je crois qu'un homme malheureux peut facilement être intéressant; il souffre, consoler est adorable ! Mais dès qu'il est consolé ce qui vous avait poussé vers lui n'existe plus, devenu heureux, content, gai, il lui est bien difficile de ne pas être vulgaire ou tout au moins de ne pas vous blesser par quelque manifestation de gaieté ou de contentement qui enlève le cachet poétique à votre dévouement qui cesse d'être mission, charité, ciel et devient une simple association avec un homme comme les autres qui n'ayant plus ni soupirs, ni larmes devient moins que les autres par ce fait même que... Ce qu'il y a de triste c'est que mon pêcheur n'est pas bon et que j'en suis fatiguée... Savoir... En 1880 Breslau aurait-elle réussi un plein air aussi difficile.]

But I am leaving for a month...

[Mais je pars pour un mois...]