Tuesday, 4 October 1881
Young Pollack accompanied us all day yesterday, serving as our guide and making himself useful very pleasantly. We visit the School of Fine Arts, where there are remarkable Goyas — besides which there is so much beautiful painting here. The Duchess of Alba painted completely nude1 — I must not keep putting off having myself painted likewise… Oh! How well I understand… In any case, it is curious that painting so badly I adore color… Nothing so melancholy as beautiful impasto on incomplete forms — without abandoning the drawing? Nothing so melancholy. But that is Velázquez — wait, let us finish yesterday first; so yesterday, after a walk in the Buen Retiro, we go to a café to hear singing and see dancing by a sort of gypsy women. It is altogether strange — a guitar rasped by a man and a dozen women clapping in time, then suddenly one of them begins to push out notes; chromatic songs in disorder, impossible to describe. It is altogether Arab; in any case after an hour one has quite had enough. The dancing would be very… entertaining for men if there were less costume — these women are in dressing gowns with a shawl# Mardi 4 octobre 1881
sur les epaules et fleurs dans les cheveux, et ces robes de mousseline ou meme de toile empechent de voir les mouvements si caracteristiques des hanches. Le pere Pollack est venu nous trouver la. Soria devait venir mais comme il est juif il a jeune, hier etait le Ghipour, et ca l'a rendu malade. Il est juif croyant et s'en vante presque. J'etais en mantille comme une Espagnole et mes attraits blonds ont attire quelques regards... Ces animaux-la ont des yeux !!! mais tous et toutes. Les femmes espagnoles sont toutes amusantes a peindre si non jolies. Des teints, des yeux. Ah ! on comprend la peinture espagnole en la voyant, c'est... superbe ! En pleine pate c'est gras, c'est large, c'est d'une couleur !... Ce matin des neuf heures je suis au musee devant Velasquez devant lequel tout est sec et pale sauf Ribera qui ne le vaut pourtant pas. Dans le portrait d'un sculpteur inconnu il y a une main qui est la clef de toute l'execution de Carolus-Duran qui comme on sait veut reediter Velasquez. Ah ! Seigneur, c'est a peine qu'il fait de beaux portraits, tandis que regardez le nu de Velasquez ! Je rencontre la Soria et Pollack et nous continuons ensemble. Ils savent que je ne puis etre que seule dans un musee, manie d'artiste voila pourquoi ce n'est pas choquant, du reste ce n'est que dans un musee et puis nous sommes auvergnats n'est-ce pas... Pas assez pour que je ne deteste pas la societe du magnifique hebreux aux manieres italiennes. Ils me ramenent Soria parlant de notre derniere soiree a Nice, en 1876, c'est-a-dire d'une certaine robe de laine blanche unie comme un antique ne laissant voir que l'attache du cou, les cheveux tres haut noues negligement et laissant voir une nuque... et les bras avec des attaches !... Il me raconte si bien tous les details de cette toilette qu'il faut qu'elle ait eu quelque chose vraiment. C'est dommage qu'il soit avec des amis, autrement ce serait plus gai ! Seulement je souffre de ne pas bien entendre ! Je feins des etrangetes, des absences et c'est ah ! que c'est affreux. Et les yeux, j'ai eu des papillons pendant une heure. Si je deviens aveugle... ce n'est pas sur que je me tuerai... Nous avons achete une guitare et une mandoline espagnoles... On ne se figure pas l'Espagne... et on dit que Madrid a moins de caractere que ce que je vais voir, Toledo, Grenade, Seville... Du reste je suis ravie d'etre ici, j'ai la fievre de me faire la main avec quelque etude au musee puis de faire un tableau et rester ici deux mois s'il le faut.
Ah ! si je n'etais sourde je me ferais a tout et je serais heureuse ! Miranda nous a adresse a M. Alfredo Escobar, fils du marquis de.... du journal "la Espora", ce monsieur est deja venu deux fois.