Sunday, 8 May 1881
A présent je suis presque heureuse de voir que ma santé se détraque par suite des bonheurs que le ciel ne m'envoie pas. Et quand je serai totalement finie, tout changera peut-être et alors il sera trop tard.
Chacun pour soi, il est vrai, mais pourtant ma famille affecte de tant m'aimer et elle ne fait rien... Je ne sais plus rien moi-même, il y a un voile entre moi et le reste de la terre. Si on savait ce qu'il y a là-bas, mais on ne sait pas, du reste c'est cette curiosité qui me rendra la mort moins affreuse. Est-ce une vie ça II! demandez-le à n'importe qui ! J'en ai perdu et l'esprit et la gaieté et l'entrain, quand deux fois par [Mot noirci : mois] je vois trois chiens, je suis ahurie et peureuse, je crains des *embêtements,* des choses vexantes, dures, tristes.
Je m'écrie dix fois par jour que je veux mourir mais c'est une forme de désespoir; il [Mots noircis: il ne gêne] pas ma famille mon désespoir je ne leur dis jamais rien et les vois à table. On pense, je veux mourir et ce n'est pas vrai, c'est une façon de dire que la vie est horrible mais on veut vivre toujours et quand même surtout à mon âge.
Du reste ne vous attendrissez pas, j'en ai encore pour quelque temps. On ne peut accuser personne. C'est Dieu qui veut ça. S'il avait voulu il aurait pu me tirer de mon enfer par un mariage, un hasard, ça arrive à ce qu'il paraît.